Au Québec, un locataire dont la sécurité, ou celle d’un enfant qui habite avec lui, est menacée par de la violence conjugale ou sexuelle peut mettre fin à son bail sans pénalité et sans l’accord du propriétaire. Il n’a pas besoin d’avoir porté plainte à la police, mais il doit d’abord obtenir une attestation d’un officier public, puis envoyer un avis écrit au propriétaire.
Cet article se concentre sur le parcours concret : qui délivre l’attestation, quels documents préparer, comment envoyer l’avis, ce qui se passe avec le loyer pendant le préavis et quelles aides financières existent. Si vous êtes en danger immédiat, composez le 911. Si vous avez besoin de parler à quelqu’un, la ligne SOS violence conjugale (1 800 363-9010) est accessible en tout temps. Pour un portrait de tous les motifs légaux de départ, voyez notre guide sur la résiliation de bail au Québec.
Sommaire
- Le principe : un droit de partir prévu par la loi
- Les situations visées
- Étape 1 : obtenir l’attestation d’un officier public
- Les documents à préparer pour la demande
- Étape 2 et 3 : l’avis de résiliation et son envoi au propriétaire
- Quand le bail prend fin et qui paie le loyer
- L’aide financière possible (IVAC)
- Bail à deux noms, colocation, sous-location : les cas à clarifier
- Erreurs fréquentes
- FAQ
- Sources officielles
Le principe : un droit de partir prévu par la loi
En temps normal, un locataire qui quitte son logement avant la fin du bail reste redevable du loyer, sauf s’il cède son bail ou trouve un sous-locataire. Le Code civil du Québec prévoit toutefois quelques exceptions où le locataire peut résilier unilatéralement, et la violence conjugale ou sexuelle en fait partie. Le propriétaire ne peut pas s’y opposer lorsque les documents requis lui sont transmis.
L’idée derrière cette règle est simple : une personne dont la sécurité est menacée ne devrait pas avoir à choisir entre rester dans un logement dangereux et s’endetter en payant un loyer pour plusieurs mois de bail restants. Le mécanisme est toutefois encadré, car le propriétaire doit pouvoir s’appuyer sur un document officiel plutôt que sur la seule déclaration du locataire.
À retenir : la démarche suit toujours le même ordre : attestation d’abord, avis de résiliation ensuite, envoi des deux documents au propriétaire en dernier. Envoyer l’avis sans l’attestation expose le locataire à une contestation.
Les situations visées
La règle s’applique lorsque la sécurité du locataire, ou celle d’un enfant qui habite avec lui, est menacée en raison de violence conjugale, de violence sexuelle ou de violence envers un enfant. Selon Québec.ca, la démarche vaut aussi pour une sous-location, qui suit les mêmes règles.
Il n’est pas nécessaire d’avoir déposé une plainte à la police. Éducaloi le précise expressément : porter plainte n’est pas une condition pour mettre fin au bail. C’est un point important, car plusieurs victimes hésitent à s’adresser aux policiers et pourraient croire, à tort, que cette étape est obligatoire.
Une séparation ordinaire, même difficile, ne suffit pas à elle seule. Pour les ruptures sans menace à la sécurité, d’autres outils existent, comme la cession de bail et la sous-location, ou encore une entente avec le propriétaire. Les questions de logement familial lors d’une rupture sont traitées dans notre article sur qui garde la maison lors d’une séparation.
Étape 1 : obtenir l’attestation d’un officier public
L’attestation est un document délivré par un officier public désigné par le ministre de la Justice. Elle confirme que la résiliation du bail est nécessaire pour assurer la sécurité du locataire ou de l’enfant. En pratique, la demande se fait auprès du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) : on remplit le formulaire de demande d’attestation, puis on l’envoie, avec les pièces requises, au point de service du DPCP (palais de justice) le plus près de chez soi.
À Montréal, une victime de violence conjugale peut aussi adresser sa demande à la Cour municipale de Montréal. Selon Éducaloi, la démarche est gratuite et confidentielle. Si l’officier public refuse la demande, il transmet un refus écrit, et la personne peut poser des questions au procureur sur cette décision.
Des organismes comme les CAVAC (Centres d’aide aux victimes d’actes criminels) et les CALACS (Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel) peuvent accompagner la personne dans ces démarches, tout comme le service juridique Rebâtir, qui offre des conseils juridiques gratuits aux victimes de violence conjugale ou sexuelle.
Les documents à préparer pour la demande
Selon Québec.ca, la demande d’attestation repose sur trois éléments :
- le formulaire de demande d’attestation, rempli puis déclaré sous serment devant une personne autorisée (par exemple un commissaire à l’assermentation, un greffier, un avocat ou un notaire);
- une copie du bail;
- soit une copie du rapport de police (ou le nom du service de police concerné), soit une lettre d’appui d’un professionnel qui a aidé la personne ou son enfant : médecin, psychologue, intervenant du réseau de la santé, intervenant d’un CAVAC, d’un CALACS ou d’une maison d’hébergement.
La lettre d’appui est ce qui permet de faire la démarche sans passer par la police. Il vaut mieux demander cette lettre tôt, car un intervenant doit parfois planifier un rendez-vous avant de la rédiger. Les formulaires et les adresses des points de service sont à jour sur le site du gouvernement du Québec : consultez-les directement plutôt que de vous fier à une version imprimée ancienne.
Étape 2 et 3 : l’avis de résiliation et son envoi au propriétaire
Une fois l’attestation en main, le locataire remplit l’avis de résiliation du bail prévu pour ce motif. Le Tribunal administratif du logement (TAL) met ce formulaire à la disposition du public et peut en remettre une version papier à ses bureaux pour les personnes qui n’ont pas accès à Internet.
Le locataire envoie ensuite au propriétaire l’avis et une copie de l’attestation, par un moyen qui permet de prouver la réception : courrier recommandé, huissier, ou remise en main propre contre accusé de réception signé. Conservez une copie de tout ce qui est transmis ainsi que la preuve d’envoi. Cette preuve fixe la date de départ du préavis et pourra servir en cas de désaccord devant le TAL. Si un différend survient, notre guide pour se représenter seul au TAL explique la marche à suivre.
Point de vigilance : l’avis et l’attestation sont transmis ensemble au propriétaire. C’est l’attestation qui sert de preuve que la résiliation est justifiée.
Quand le bail prend fin et qui paie le loyer
La résiliation ne prend pas effet immédiatement. Selon Québec.ca et Éducaloi, le bail prend fin :
- deux mois après la réception de l’avis et de l’attestation par le propriétaire, si le bail est de 12 mois ou plus;
- un mois après cette réception, si le bail est de moins de 12 mois ou sans durée fixe.
Ce délai peut être plus court si le logement est reloué ou si le locataire et le propriétaire s’entendent sur une autre date. Pendant le préavis, le loyer reste dû, même si la personne a déjà quitté les lieux, à moins d’une entente contraire avec le propriétaire. C’est précisément pour couvrir ce coût qu’une aide financière existe (voir la section suivante). Pour comprendre les autres montants en jeu à la fin d’un bail, consultez notre article sur le dépôt de garantie et la caution, ainsi que celui sur la caution (garant) d’un bail si un tiers s’est porté garant.
L’aide financière possible (IVAC)
Selon Québec.ca, la Direction de l’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) peut rembourser jusqu’à deux mois de loyer ainsi que des frais de déménagement dans le cas d’une violence conjugale ou sexuelle. L’admissibilité dépend de la situation de chaque personne : il faut communiquer avec l’IVAC pour la confirmer avant de compter sur ce remboursement. Une aide financière d’urgence est aussi prévue pour les victimes de violence conjugale ou sexuelle.
Pour planifier le déménagement lui-même, voyez le budget d’un déménagement au Québec. Les frais de déménagement peuvent, dans certains cas, avoir une incidence fiscale : notre article sur les frais de déménagement déductibles en précise les conditions. Pour trouver un nouveau logement rapidement, le guide pour trouver un appartement offre une méthode.
Bail à deux noms, colocation, sous-location : les cas à clarifier
Les sources officielles consultées décrivent la démarche pour le locataire qui subit la violence. Elles ne détaillent pas toutes les configurations possibles, par exemple un bail signé par les deux conjoints ou une colocation où l’auteur de la violence est aussi cosignataire. Dans ces cas, les effets de la résiliation sur l’autre signataire peuvent soulever des questions juridiques. Il est préférable de les poser à un intervenant (CAVAC, service Rebâtir) ou à un avocat avant d’envoyer l’avis.
Pour comprendre les rapports entre cosignataires d’un bail, voyez notre article sur la colocation au Québec et le rappel des clauses courantes dans le bail de logement. Si le décès d’un locataire survient, c’est une autre mécanique, expliquée dans notre article sur le décès du locataire.
Erreurs fréquentes
La première erreur, très répandue, est d’envoyer l’avis de résiliation sans l’attestation. Sans ce document, le propriétaire peut contester la résiliation, et le locataire risque de rester lié au bail et de devoir le loyer.
La deuxième erreur est de croire qu’une plainte à la police est obligatoire. Ce n’est pas le cas : une lettre d’appui d’un professionnel ou d’un intervenant peut remplacer le rapport de police dans la demande d’attestation.
La troisième erreur est de cesser de payer le loyer dès le départ du logement. Le loyer demeure dû pendant le préavis, sauf entente contraire avec le propriétaire. Un arriéré peut mener à une demande au TAL, ce qui complique inutilement une situation déjà éprouvante.
La quatrième erreur est d’envoyer l’avis par un moyen qui ne laisse aucune preuve. Sans preuve de réception, la date de départ du préavis devient difficile à établir en cas de désaccord.
La cinquième erreur est de ne pas se faire accompagner. Les CAVAC, les CALACS, les maisons d’hébergement et le service Rebâtir offrent un soutien gratuit pour les formulaires, la lettre d’appui et les questions juridiques.
FAQ
Faut-il porter plainte à la police pour résilier son bail ?
Non. Selon Québec.ca et Éducaloi, une plainte n’est pas nécessaire. La demande d’attestation peut s’appuyer soit sur un rapport de police, soit sur une lettre d’appui d’un professionnel ou d’un intervenant qui a aidé la personne ou son enfant.
Qui délivre l’attestation ?
Un officier public désigné par le ministre de la Justice. En pratique, la demande est envoyée au point de service du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) le plus près, ou à la Cour municipale de Montréal pour une victime de violence conjugale à Montréal.
Est-ce que la démarche est payante ?
Selon Éducaloi, l’obtention de l’attestation est gratuite et confidentielle. Des frais peuvent toutefois exister pour certains services connexes, comme l’envoi par huissier : il vaut mieux privilégier un mode d’envoi simple qui laisse une preuve.
Le propriétaire peut-il refuser la résiliation ?
Si l’avis et l’attestation sont transmis, le propriétaire ne peut pas refuser. Il peut cependant contester si les documents sont incomplets ou si la preuve de réception fait défaut.
Combien de temps faut-il payer le loyer après l’envoi de l’avis ?
Pendant deux mois pour un bail de 12 mois ou plus, et pendant un mois pour un bail de moins de 12 mois ou sans durée fixe, sauf si le logement est reloué plus tôt ou si une autre date est convenue avec le propriétaire.
Peut-on se faire rembourser le loyer ou le déménagement ?
L’IVAC peut rembourser jusqu’à deux mois de loyer et des frais de déménagement pour une victime de violence conjugale ou sexuelle. L’admissibilité doit être confirmée directement auprès de l’IVAC.
La démarche s’applique-t-elle à une sous-location ?
Oui. Selon Québec.ca, une sous-location suit les mêmes règles.
Où obtenir de l’aide pour effectuer la démarche ?
Auprès de SOS violence conjugale (1 800 363-9010, en tout temps), d’Info-aide violence sexuelle (1 888 933-9007), des CAVAC (1 866 532-2822), des CALACS, des maisons d’hébergement et du service juridique Rebâtir. En cas de danger immédiat, composez le 911. Pour les autres motifs de départ, voyez aussi les droits du locataire au Québec.
Sources officielles
- Québec.ca — Fin de bail en cas de violence conjugale ou d’agression sexuelle
- Éducaloi — Mettre fin à un bail en raison de violence conjugale ou sexuelle
- DPCP — Formulaire de demande d’attestation en vue de la résiliation d’un bail
- Tribunal administratif du logement (TAL) — Avis de résiliation du bail
- SOS violence conjugale — Aide et références en tout temps
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un avis juridique. Les règles, formulaires et délais peuvent évoluer, et chaque situation est particulière. Si vous êtes en danger, composez le 911 ; des ressources d’aide confidentielles sont disponibles en tout temps. Pour toute décision, consultez le TAL, un comité logement, un intervenant spécialisé, un avocat ou un notaire. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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