Peut-on loger un immeuble à revenus directement dans un REER ou un CELI? Non : selon le folio S3-F10-C1 de l’Agence du revenu du Canada, un bien immeuble détenu directement n’est pas un placement admissible pour un régime enregistré. Mais plusieurs voies indirectes existent, des FPI cotées aux prêts hypothécaires admissibles, et chacune a ses règles et ses pièges.
Beaucoup d’investisseurs québécois voient leur REER ou leur CELI grossir et se demandent s’ils pourraient y acheter un duplex ou un quadruplex pour que le rendement locatif y soit à l’abri de l’impôt. L’idée est séduisante, mais la réponse est plus nuancée qu’un simple non. Cet article explique la règle de base, les pénalités en cas d’erreur, ce qui est permis, et les solutions de rechange réalistes pour utiliser son épargne enregistrée au service d’un projet immobilier locatif.
Sommaire
- La réponse courte : immeuble direct, non; exposition indirecte, parfois
- La règle de base : ce qu’est un placement admissible
- Les sanctions en cas de placement non admissible ou interdit
- Ce qui est permis (1) : les FPI cotées en bourse
- Ce qui est permis (2) : hypothèques et sociétés de placement hypothécaire
- Tableau comparatif : direct, FPI, hypothèque, SPH
- Hors régime : comment financer un immeuble avec son épargne enregistrée
- Erreurs fréquentes
- Questions fréquentes
- Sources officielles
La réponse courte : immeuble direct, non; exposition indirecte, parfois
Un REER (ou un CELI) est une fiducie qui ne peut détenir que des placements admissibles. Les immeubles, les terrains et les bâtiments détenus directement n’en font pas partie. Vous ne pouvez donc pas faire inscrire le titre de propriété d’un plex au nom de votre fiducie REER ou CELI, même si l’immeuble est loué à des tiers et rentable.
Ce que vous pouvez faire, en revanche, c’est détenir dans le régime des actifs qui donnent une exposition indirecte au secteur immobilier : parts de fiducies de placement immobilier (FPI) cotées, certains prêts hypothécaires garantis par un immeuble canadien, ou actions de sociétés de placement hypothécaire (SPH) qui respectent les conditions de l’ARC. Pour comparer cette approche à l’achat direct, consultez notre analyse immobilier ou bourse au Canada.
À retenir : la question n’est pas « REER ou CELI », car les deux obéissent essentiellement aux mêmes règles de placements admissibles. La vraie question est : « quel véhicule indirect me donne l’exposition voulue sans déclencher de pénalité? »
La règle de base : ce qu’est un placement admissible
L’ARC indique que les types de placements permis dans un CELIAPP sont généralement les mêmes que ceux d’un REER et d’un CELI. La liste courante comprend l’argent comptant, les fonds communs de placement, les titres cotés à une bourse désignée, les certificats de placement garanti et les obligations d’épargne. Les détails figurent dans le folio de l’impôt sur le revenu S3-F10-C1, qui sert de référence pour tous les régimes enregistrés.
Le folio est explicite sur les biens immeubles : un bien immeuble ou réel ne constitue pas un placement admissible. Une exception existe, étroitement encadrée : lorsqu’un régime a consenti une hypothèque et que l’emprunteur fait défaut, le régime peut prendre possession de l’immeuble pour protéger sa créance. L’ARC n’appliquera pas de mesure défavorable si le bien est offert en vente à des conditions raisonnables et vendu dans un délai d’un an, une période plus longue pouvant être accordée dans des cas exceptionnels.
Votre émetteur (banque, courtier, fiducie) peut en outre imposer ses propres restrictions. Même un placement admissible aux yeux de la loi peut être refusé par l’institution qui administre votre régime. Cette règle s’applique aussi au CELIAPP, lui-même limité aux placements admissibles.
Des propositions législatives publiées par Finances Canada en 2026 prévoient de regrouper la définition de « placement admissible » dans un seul paragraphe de la Loi de l’impôt sur le revenu, avec une entrée en vigueur prévue le 1er janvier 2027. Il s’agit d’un projet : suivez son adoption avec votre fiscaliste avant de bâtir une stratégie qui en dépend.
Les sanctions en cas de placement non admissible ou interdit
Se tromper coûte cher. Selon l’ARC, lorsqu’une fiducie de REER ou de FERR acquiert un placement non admissible, ou qu’un placement déjà détenu le devient, un impôt spécial de 50 % de la juste valeur marchande du bien s’applique, au moment de l’acquisition ou du moment où il devient non admissible. Le rentier doit produire le formulaire RC339 et payer le solde au plus tard le 30 juin suivant l’année civile concernée.
Cet impôt peut être remboursable dans certaines circonstances. Pour le CELIAPP, l’ARC précise que le remboursement est possible si le régime se départit du bien, ou si celui-ci cesse d’être non admissible ou interdit, au plus tard à la fin de l’année civile qui suit celle où l’impôt est devenu payable. Aucun remboursement n’est prévu si le titulaire savait, ou aurait dû savoir, que le placement n’était pas admissible au moment de son acquisition.
S’ajoute un impôt de 100 % sur les « avantages » liés au revenu d’un placement non admissible désigné s’il n’est pas retiré rapidement du régime. Un placement à la fois non admissible et interdit est traité uniquement comme un placement interdit. Un placement interdit, typiquement une participation importante dans une société avec laquelle vous avez un lien, entraîne le même impôt de 50 % et des impôts sur les avantages de 100 %.
Message clé : une erreur de qualification n’est pas une simple formalité. Un REER de 100 000 $ qui acquiert par erreur un placement non admissible de même valeur peut générer un impôt spécial de l’ordre de 50 000 $, avant toute autre conséquence.
Ce qui est permis (1) : les FPI cotées en bourse
Selon le folio de l’ARC, les parts d’une fiducie de placement immobilier cotée à une bourse désignée sont des placements admissibles. Vous pouvez donc détenir dans votre REER ou votre CELI des FPI qui possèdent des immeubles résidentiels, commerciaux, industriels ou de bureaux. Les parts de FPI non cotées ne sont généralement pas admissibles, sauf si elles satisfont à une autre condition, par exemple celle d’un placement enregistré.
Cette formule offre une exposition diversifiée à l’immobilier et une liquidité que l’achat d’un immeuble direct ne procure pas. Elle comporte aussi des limites : vous ne contrôlez pas la gestion, vous ne profitez pas de l’effet de levier de l’hypothèque, et la valeur des parts fluctue avec la bourse. Notre guide sur les FPI et REIT au Canada détaille leur fonctionnement et leur fiscalité.
Si vous visez plutôt un projet précis avec des partenaires, d’autres structures existent, mais elles ne sont pas automatiquement admissibles à un régime enregistré. Voyez notre texte sur la syndication immobilière et celui sur le financement participatif immobilier, et demandez toujours à l’émetteur de confirmer par écrit l’admissibilité du titre.
Ce qui est permis (2) : hypothèques et sociétés de placement hypothécaire
Le folio S3-F10-C1 reconnaît plusieurs formes de créances hypothécaires :
- Dette entièrement garantie par une hypothèque sur un immeuble canadien, à condition que l’emprunteur n’ait pas de lien avec le régime ou son titulaire. « Entièrement garantie » signifie que la valeur du bien couvrirait le capital et les intérêts courus en cas de défaut.
- Hypothèques assurées en vertu de la Loi nationale sur l’habitation, administrées par un prêteur agréé et assurées par la SCHL ou un assureur privé agréé, avec des taux et conditions conformes à la pratique commerciale normale.
- Titres adossés à des créances hypothécaires qui respectent des conditions de cote, de taille d’émission et de composition.
- Actions d’une société de placement hypothécaire (SPH), si la SPH ne détient pas de dette d’une personne liée au régime.
Le point crucial est le lien de dépendance. Une hypothèque dont l’emprunteur est vous-même, un proche ou une société que vous contrôlez ne peut pas être admissible. Vous ne pouvez donc pas « vous prêter » depuis votre REER pour acheter votre propre immeuble locatif. Le folio ajoute que si le fiduciaire ne réagit pas à un défaut, ou doit obtenir l’accord de la personne qui contrôle le régime pour agir, l’emprunteur peut être réputé avoir un lien de dépendance, ce qui fait perdre le caractère admissible à l’hypothèque.
Pour comprendre le côté emprunteur de ce marché, lisez notre article sur le prêt hypothécaire privé au Québec, où l’on explique comment il se structure, y compris sur le plan de l’investisseur-prêteur.
Tableau comparatif : direct, FPI, hypothèque, SPH
| Véhicule | Admissible au REER/CELI? | Condition principale | Risque à surveiller |
|---|---|---|---|
| Immeuble locatif détenu directement | Non | Aucune (sauf exception du bien repris après défaut hypothécaire) | Impôt spécial de 50 % de la juste valeur marchande |
| Parts de FPI cotée en bourse | Oui | Cotée à une bourse désignée | Volatilité, aucun levier, aucun contrôle de la gestion |
| Hypothèque sur immeuble canadien (emprunteur sans lien) | Oui | Entièrement garantie, emprunteur non lié | Défaut de l’emprunteur, lien de dépendance déguisé |
| Hypothèque assurée (Loi nationale sur l’habitation) | Oui | Prêteur agréé, assurance SCHL ou assureur agréé | Rendement généralement plus modeste |
| Actions de SPH | Oui, sous conditions | La SPH ne détient pas de dette d’une personne liée | Qualité des prêts, liquidité des parts |
| Actions d’une société privée qui détient votre immeuble | Généralement non | Société admissible à titre de petite entreprise, non interdite | Placement interdit si actionnaire désigné (environ 10 % ou plus) |
La dernière ligne mérite une explication. Le folio permet les actions de certaines sociétés exploitant une petite entreprise, tant qu’elles ne sont pas des placements interdits. Mais une société qui ne fait que louer des immeubles détient des actifs de location, pas nécessairement des actifs utilisés surtout dans une entreprise exploitée activement, et le contrôleur du régime sera souvent actionnaire désigné de sa propre société. Cette piste exige un avis fiscal personnalisé avant tout geste. Voyez aussi notre analyse sur l’incorporation en immobilier et sur l’utilité de la fiducie.
Hors régime : comment financer un immeuble avec son épargne enregistrée
Si votre objectif est d’acheter un vrai immeuble, il faut sortir de l’idée de le loger dans le régime. Voici les pistes réalistes :
- Retirer du CELI pour la mise de fonds : les retraits d’un CELI ne sont pas imposables et le droit de cotisation retiré est regagné l’année suivante. C’est souvent l’outil le plus flexible. Pour la suite de votre projet, voyez notre guide sur la mise de fonds d’un immeuble locatif.
- Retirer du REER : un retrait est ajouté à votre revenu imposable de l’année et fait l’objet d’une retenue à la source. À moins de pouvoir utiliser un programme comme le RAP, ce coût fiscal est considérable. Pourquoi le RAP ne s’applique généralement pas à un immeuble locatif est expliqué dans notre article RAP et CELIAPP pour un immeuble locatif.
- Comparer le RAP et le CELIAPP si vous achetez une résidence que vous occuperez, par exemple dans un plex : consultez RAP ou CELIAPP.
- Utiliser le financement extérieur : marge de crédit hypothécaire sur une propriété existante, ou structure plus élaborée décrite dans financement autonome par société.
Avant de choisir, évaluez le rendement réel de l’immeuble visé avec notre texte sur le cashflow d’un immeuble locatif, puis consultez la fiscalité des revenus locatifs pour mesurer ce que vous gagnerez réellement hors régime. Pour une vue d’ensemble, notre guide de l’investissement locatif au Québec met chaque étape en contexte, et le premier immeuble locatif regroupe les étapes d’une première acquisition.
Erreurs fréquentes
La première erreur, très répandue, est de croire qu’un immeuble peut être « transféré en nature » dans son REER ou son CELI. Un transfert d’immeuble à la fiducie constitue l’acquisition d’un placement non admissible et expose à l’impôt spécial de 50 %. Demandez-vous toujours si le titre en question figure dans la liste admissible avant de le faire inscrire au régime.
La deuxième erreur consiste à vouloir se prêter à soi-même depuis un REER autogéré. Une hypothèque dont l’emprunteur est le titulaire du régime, un proche ou une société qu’il contrôle n’est pas admissible, car le lien de dépendance est évident. Les montages « créatifs » qui tentent de contourner cette règle attirent l’attention de l’ARC.
La troisième erreur est de se fier à l’argument d’un promoteur ou d’un courtier sans validation écrite. Un titre vendu comme « admissible au REER » peut cesser de l’être, ou ne l’être qu’à certaines conditions. L’impôt spécial s’applique au titulaire du régime, pas au vendeur du produit.
La quatrième erreur est d’oublier que l’admissibilité peut changer dans le temps. Un placement admissible à l’achat peut devenir non admissible plus tard, par exemple si une FPI est radiée de la cote ou si une SPH acquiert une dette d’une personne liée. Un suivi annuel avec l’émetteur de votre régime limite ce risque.
La cinquième erreur, enfin, est de retirer du REER sans calculer le coût fiscal complet. Un retrait important pour financer une mise de fonds peut vous faire monter de tranche d’imposition et annuler une grande partie de l’avantage espéré. Comparez toujours avec un retrait du CELI ou avec un financement externe.
Questions fréquentes
Puis-je acheter un immeuble à revenus avec mon REER?
Pas directement. L’ARC considère qu’un bien immeuble n’est pas un placement admissible, et l’acquérir dans votre fiducie REER entraînerait l’impôt spécial de 50 % de la juste valeur marchande. Vous pouvez toutefois détenir des FPI cotées ou certaines hypothèques admissibles pour avoir une exposition indirecte à l’immobilier.
Le CELI permet-il ce que le REER interdit?
Non. Les types de placements admissibles sont, pour l’essentiel, les mêmes pour le REER, le CELI et le CELIAPP. Un immeuble détenu directement n’est donc pas plus admissible dans un CELI. La différence réside dans la fiscalité des retraits, pas dans la liste des placements permis.
Puis-je détenir des FPI dans mon CELI?
Oui, si les parts sont celles d’une fiducie de placement immobilier cotée à une bourse désignée. Ce sont des placements admissibles selon le folio de l’ARC. Les parts non cotées sont généralement exclues, sauf si elles répondent à une autre condition, et il faut confirmer le statut auprès de l’émetteur.
Mon REER peut-il me prêter l’argent pour acheter un immeuble?
Pas à vous-même, ni à un proche ou à une société que vous contrôlez, puisque l’emprunteur doit être sans lien avec le régime pour que l’hypothèque soit admissible. Un REER autogéré peut cependant détenir une hypothèque consentie à un emprunteur sans lien, sous réserve du respect des autres conditions et des règles de l’émetteur du régime.
Que se passe-t-il si j’ai acquis un placement non admissible par erreur?
L’impôt de 50 % s’applique et le formulaire RC339 doit être produit au plus tard le 30 juin suivant l’année concernée. L’ARC indique que cet impôt peut être remboursable dans certaines circonstances, notamment si le régime se départit du bien rapidement. Consultez rapidement un fiscaliste, car le remboursement n’est pas offert si vous saviez ou auriez dû savoir que le placement n’était pas admissible.
Quelle est la différence avec un placement interdit?
Un placement interdit vise surtout les titres d’une société ou d’une entité avec laquelle le titulaire a un lien important, par exemple un actionnaire désigné détenant généralement 10 % ou plus. Les conséquences comprennent l’impôt de 50 % et des impôts de 100 % sur les avantages. Un placement à la fois non admissible et interdit est traité seulement comme interdit.
Une société de placement hypothécaire est-elle un bon moyen de miser sur l’immobilier dans un REER?
Cela peut être une avenue, mais ce n’est pas sans risque. Les actions d’une SPH peuvent être admissibles à certaines conditions, notamment l’absence de dette d’une personne liée au régime. Il faut toutefois évaluer la qualité des prêts, la liquidité et les frais, et confirmer par écrit l’admissibilité auprès de l’émetteur et de votre fiscaliste.
Les règles changeront-elles en 2027?
Des propositions de Finances Canada publiées en 2026 prévoient une réorganisation de la définition de placement admissible, avec une entrée en vigueur au 1er janvier 2027. Il s’agit d’un projet qui n’est pas encore adopté. Vérifiez l’état de ces dispositions avec votre fiscaliste avant de prendre une décision qui en dépendrait.
Sources officielles
- Agence du revenu du Canada : Folio de l’impôt sur le revenu S3-F10-C1, Placements admissibles
- Agence du revenu du Canada : Impôt à payer sur les placements non admissibles pour les REER et FERR
- Agence du revenu du Canada : Placements dans vos CELIAPP
- Agence du revenu du Canada : REER autogérés
- Finances Canada : Propositions législatives 2026 modifiant la Loi de l’impôt sur le revenu (placements admissibles)
Cet article est fourni à titre informatif seulement et ne constitue ni un conseil fiscal, juridique ni financier personnalisé. Les règles sur les placements admissibles sont techniques, leur application dépend de votre situation et elles peuvent changer. Consultez un fiscaliste, un comptable ou un conseiller en placement avant toute décision. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie.

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