En juillet 2026, le Registre foncier du Québec a enregistré 478 préavis d’exercice d’un droit hypothécaire à l’échelle de la province — une baisse de 10,8 % par rapport à juillet 2025. Mais le portrait n’est pas uniforme : dans la seule région de Montréal, l’ensemble des actes de difficultés financières a plutôt augmenté de 8,0 % sur un an. Derrière ce document juridique se cache une mécanique légale précise, prévue au Code civil du Québec, que peu de propriétaires comprennent avant d’y être confrontés.
Recevoir un préavis d’exercice d’un droit hypothécaire n’est pas la même chose que « perdre sa maison le lendemain ». C’est plutôt le point de départ d’une procédure encadrée par des délais et des règles précises, où le débiteur conserve des droits concrets jusqu’à un stade avancé du processus. Notre article sur les options avant d’en arriver à un recours judiciaire couvrait les mesures d’allègement à négocier avec votre institution financière. Celui-ci s’adresse à ceux qui veulent comprendre ce qui se passe réellement une fois qu’un créancier hypothécaire a entamé une démarche légale : la prise en paiement, la vente sous contrôle de justice, la vente par le créancier lui-même et le délaissement qui les précède tous.
Sommaire
- 1. Quand un créancier peut-il exercer un recours hypothécaire
- 2. Le préavis d’exercice : la mesure préalable obligatoire, quel que soit le recours
- 3. Reprendre le contrôle avant l’expiration du délai
- 4. Le délaissement volontaire et le délaissement forcé
- 5. Tableau comparatif : les quatre recours hypothécaires en un coup d’œil
- 6. La prise en paiement : quand le créancier devient propriétaire
- 7. La vente sous contrôle de justice : le recours le plus fréquent pour une résidence
- 8. La vente par le créancier lui-même : un recours rarement applicable à une résidence
- 9. Quel tribunal, et combien de temps ça prend réellement
- 10. Ce que révèlent les chiffres 2026, et quoi faire dès la réception d’un préavis
1. Quand un créancier peut-il exercer un recours hypothécaire
Le Code civil du Québec encadre étroitement le pouvoir d’un créancier hypothécaire. Selon l’article 2748, un créancier ne peut faire valoir sa sûreté qu’à deux conditions cumulatives : le débiteur doit être en défaut d’exécuter ses obligations, et la créance doit être liquide et exigible, c’est-à-dire déterminée dans son montant et arrivée à échéance. Un simple retard ponctuel d’un paiement ne déclenche pas automatiquement un recours — dans les faits, les prêteurs institutionnels attendent généralement plusieurs mois de défaut consécutif et plusieurs tentatives de négociation infructueuses avant d’entamer une procédure, notamment parce que la démarche leur coûte elle-même des frais qu’ils ne récupèrent pas toujours en entier.
Une fois ces conditions réunies, l’article 2748 donne au créancier le choix entre quatre recours distincts : prendre possession du bien pour l’administrer temporairement, le prendre en paiement de sa créance, le faire vendre sous contrôle de justice, ou le vendre lui-même. Ce dernier recours est en pratique réservé aux hypothèques sur les biens d’une entreprise, comme on le verra plus loin. Pour une résidence détenue par un particulier, les recours pertinents sont essentiellement la prise en paiement et la vente sous contrôle de justice — les deux volets techniques que cet article détaille.
Un principe hiérarchique s’applique aussi entre créanciers : selon l’article 2750, celui dont l’hypothèque a été inscrite en premier a priorité sur les autres pour exercer ses droits. C’est ce qui explique pourquoi une marge de crédit hypothécaire ou un second prêt inscrit après votre hypothèque principale se trouve généralement en position plus vulnérable si les choses tournent mal.
2. Le préavis d’exercice : la mesure préalable obligatoire, quel que soit le recours
Avant de pouvoir exercer l’un ou l’autre de ces droits, le créancier doit obligatoirement produire un préavis d’exercice d’un droit hypothécaire au bureau de la publicité des droits — c’est-à-dire au registre foncier, pour un immeuble. L’article 2758 du Code civil précise le contenu obligatoire de ce document : il doit dénoncer précisément le défaut reproché, rappeler le droit du débiteur (ou d’un tiers) d’y remédier, indiquer le montant de la créance en capital et intérêts, préciser la nature du recours envisagé, décrire le bien grevé et sommer le débiteur de délaisser le bien avant l’expiration d’un délai fixe.
Ce délai est de 60 jours pour un immeuble — donc pour la grande majorité des dossiers résidentiels — et de 10 jours seulement lorsque l’intention du créancier se limite à prendre possession du bien pour l’administrer. Le préavis doit d’abord être signifié au débiteur par un huissier de justice, puis inscrit au registre foncier : c’est cette inscription, et non la simple signification, qui fait courir officiellement le délai. Tant que ce délai n’est pas écoulé, le créancier ne peut exercer aucun de ses droits hypothécaires, conformément à l’article 2749.
Un point souvent mal compris : une fois le préavis inscrit, vendre volontairement votre propriété ne fait pas disparaître le problème. L’article 2760 prévoit qu’une telle vente est inopposable au créancier à moins que l’acheteur n’assume personnellement la dette avec le consentement du créancier, ou qu’une somme suffisante pour couvrir capital, intérêts et frais ne soit consignée. Une transaction précipitée après l’inscription d’un préavis ne règle donc rien tant que le créancier n’a pas été désintéressé ou n’y a pas consenti.
3. Reprendre le contrôle avant l’expiration du délai
Le délai imparti par le préavis n’est pas qu’une formalité : c’est une véritable fenêtre d’action pour le débiteur. L’article 2761 du Code civil confirme que le débiteur, ou toute autre personne intéressée, peut « faire échec » à l’exercice du droit du créancier en payant intégralement ce qui est dû ou en remédiant au défaut mentionné dans le préavis, en plus des frais engagés. Ce droit peut être exercé jusqu’à ce que le bien soit effectivement pris en paiement ou vendu — c’est donc une porte qui reste ouverte plus longtemps qu’on ne le croit souvent.
Concrètement, cela signifie qu’un refinancement d’urgence, une vente négociée avec l’accord du créancier, ou même un remboursement complet de l’arriéré pendant les 60 jours du préavis peuvent stopper la procédure. Un courtier hypothécaire qui connaît les critères des prêteurs alternatifs peut parfois structurer un refinancement dans ce délai, même quand l’institution d’origine n’est plus disposée à négocier. L’article 2762 encadre aussi ce que le créancier peut réclamer durant cette période : uniquement les intérêts échus et les frais réellement engagés, jamais des honoraires professionnels supplémentaires imposés en sus par une clause du contrat.
4. Le délaissement volontaire et le délaissement forcé
Si le débiteur ne remédie pas au défaut dans le délai du préavis, l’étape suivante est le délaissement du bien — c’est-à-dire sa remise entre les mains du créancier ou de la personne désignée pour poursuivre la procédure. L’article 2763 distingue deux formes : le délaissement volontaire et le délaissement forcé.
Le délaissement volontaire survient lorsque le débiteur abandonne lui-même le bien au créancier avant l’expiration du délai, ou consent par écrit à le remettre à une date convenue. Lorsque le recours visé est la prise en paiement, l’article 2764 exige que ce délaissement soit constaté dans un acte formel, consenti par le débiteur et accepté par le créancier — un acte qui, en pratique, doit être préparé avec le concours d’un notaire pour être inscrit correctement au registre foncier, comme le rôle du notaire l’exige pour tout transfert de propriété au Québec.
Le délaissement forcé, à l’inverse, exige l’intervention du tribunal. Selon l’article 2765, le tribunal ne peut l’ordonner qu’après avoir constaté l’existence de la créance, le défaut du débiteur, son refus de délaisser volontairement et l’absence de tout moyen de défense valable. Le jugement fixe alors le délai et les modalités du délaissement. Il existe même un mécanisme d’urgence : l’article 2767 permet au créancier de demander un délaissement forcé avant même l’expiration du délai du préavis, s’il craint que le recouvrement de sa créance soit mis en péril ou que le bien risque de se déprécier rapidement — un cas de figure rare pour une résidence occupée, mais plus fréquent pour un immeuble à revenus laissé à l’abandon. Une fois le délaissement obtenu, l’article 2768 précise que le créancier n’a que la simple administration du bien jusqu’à ce qu’il exerce effectivement le recours choisi — il n’en devient pas automatiquement propriétaire à cette étape.
5. Tableau comparatif : les quatre recours hypothécaires en un coup d’œil
Avant d’entrer dans le détail de chacun, voici comment les quatre recours prévus par le Code civil se comparent pour une propriété résidentielle typique :
| Recours | Qui devient propriétaire ou vend | Rôle du tribunal | Fréquence pour une résidence |
|---|---|---|---|
| Prise de possession pour administration | Le créancier administre temporairement, sans devenir propriétaire | Généralement aucune intervention requise | Rare — surtout utilisé pour un immeuble à revenus d’entreprise |
| Prise en paiement | Le créancier devient propriétaire de l’immeuble | Autorisation requise si 50 % ou plus de la dette est déjà remboursé | Fréquent lorsque l’équité restante est faible ou nulle |
| Vente sous contrôle de justice | Une personne désignée par le tribunal procède à la vente | Le tribunal encadre l’ensemble de la vente et fixe les conditions | Le recours le plus courant pour une propriété résidentielle |
| Vente par le créancier lui-même | Le créancier vend directement, au nom du propriétaire | Aucune intervention judiciaire dans la vente elle-même | Réservé aux hypothèques sur les biens d’une entreprise |
6. La prise en paiement : quand le créancier devient propriétaire
La prise en paiement (parfois appelée « dation en paiement ») est le recours par lequel le créancier devient lui-même propriétaire de l’immeuble en règlement de sa créance. C’est souvent le recours privilégié lorsque la valeur de la propriété est proche du solde dû, laissant peu ou pas d’équité à protéger pour le débiteur.
Une protection importante existe toutefois à l’article 2778 : si le débiteur a déjà remboursé la moitié ou plus de l’obligation garantie au moment de l’inscription du préavis, le créancier ne peut pas prendre le bien en paiement sans l’autorisation préalable du tribunal — sauf si le débiteur délaisse volontairement. Cette règle vise à empêcher qu’un créancier ne s’approprie un actif où l’emprunteur a déjà bâti une équité substantielle sans supervision judiciaire. Dans le même esprit, l’article 2779 permet au débiteur — ou à un créancier de rang postérieur — d’exiger que le bien soit plutôt vendu, à condition d’avoir remboursé les frais engagés par le créancier et de donner une garantie que la vente rapportera un prix suffisant pour le désintéresser intégralement. C’est le mécanisme qui permet, en pratique, de préserver une équité que la prise en paiement ferait autrement disparaître.
Sur le plan des effets, l’article 2782 est déterminant : la prise en paiement éteint l’obligation. Contrairement à une vente où un solde peut rester dû si le produit est insuffisant, le créancier qui prend le bien en paiement ne peut pas réclamer de différence additionnelle à son ancien débiteur, même si la valeur réelle de l’immeuble se révèle inférieure à la dette. L’article 2783 précise enfin que le créancier devient propriétaire rétroactivement, à compter de la date d’inscription du préavis, et prend le bien libre des hypothèques inscrites après la sienne — mais toujours à charge de celles qui la précédaient.
7. La vente sous contrôle de justice : le recours le plus fréquent pour une résidence
Pour la majorité des dossiers résidentiels où le débiteur conserve une équité à protéger, le créancier optera plutôt pour la vente sous contrôle de justice. L’article 2791 décrit le mécanisme : le tribunal désigne la personne qui procédera à la vente, détermine les conditions et les charges de la transaction, précise si elle se fera de gré à gré, par appel d’offres ou aux enchères, et peut fixer une mise à prix après s’être enquis de la valeur du bien. La personne chargée de la vente doit être indépendante des parties et posséder les compétences nécessaires — il s’agit souvent d’un courtier immobilier ou d’un huissier mandaté à cette fin.
L’effet le plus important de ce recours, pour un acheteur éventuel, se trouve à l’article 2794 : la vente sous contrôle de justice purge les droits réels qui grevaient l’immeuble, dans la mesure prévue au Code de procédure civile. Concrètement, l’acquéreur obtient un titre libéré des hypothèques et de plusieurs autres charges antérieures, ce qui explique pourquoi ces ventes attirent un profil d’acheteurs spécifique, prêt à composer avec les particularités de ce type de transaction — un sujet que nous détaillons dans notre guide sur l’achat d’une propriété à l’encan et sous contrôle de justice, tout comme celui sur l’achat d’une propriété de reprise de finance déjà passée par une prise en paiement. À noter que l’article 2792 interdit à un créancier de demander que la vente ait lieu à charge de sa propre hypothèque : le produit de la vente sert d’abord à le payer, et non l’inverse.
Pour le débiteur qui perd sa propriété par ce recours, un aspect mérite d’être compris : si le produit de la vente dépasse le solde dû et les frais, le surplus lui revient. Si un ancien propriétaire préfère éviter cette procédure et le délai qu’elle entraîne, une vente rapide négociée directement, pendant qu’il occupe encore les lieux et avant l’expiration du préavis, lui laisse généralement davantage de contrôle sur le prix final et le calendrier que d’attendre l’issue d’une vente judiciaire.
8. La vente par le créancier lui-même : un recours rarement applicable à une résidence
Le quatrième recours, la vente par le créancier, mérite une nuance importante trop souvent oubliée : l’article 2784 le réserve explicitement au créancier qui « détient une hypothèque sur les biens d’une entreprise ». Ce recours n’est donc généralement pas disponible pour l’hypothèque résidentielle classique d’un particulier sur sa résidence principale — il s’applique plutôt aux hypothèques mobilières et immobilières consenties dans un contexte commercial, par exemple sur un immeuble à revenus détenu par une société ou sur les actifs d’une entreprise incorporée.
Lorsqu’il s’applique, ce recours permet au créancier de vendre le bien de gré à gré, par appel d’offres ou aux enchères, sans devoir passer par le tribunal pour la vente elle-même — à condition d’avoir publié un préavis en ce sens et obtenu le délaissement. L’article 2785 lui impose néanmoins l’obligation de vendre « sans retard inutile, pour un prix commercialement raisonnable, et dans le meilleur intérêt » du débiteur, une norme que les tribunaux peuvent sanctionner si elle n’est pas respectée. Pour un propriétaire investisseur qui détient un immeuble à revenus par l’entremise d’une société, c’est donc ce recours, plutôt que la vente sous contrôle de justice, qui pourrait s’appliquer en cas de défaut grave.
9. Quel tribunal, et combien de temps ça prend réellement
Un recours hypothécaire n’est pas toujours entendu par le même tribunal. En matière de délaissement forcé et des autres recours accessoires à une réclamation pécuniaire, la compétence dépend généralement du montant de la créance en litige : la Cour du Québec a compétence exclusive lorsque ce montant est inférieur à 75 000 $, une compétence partagée avec la Cour supérieure entre 75 000 $ et 100 000 $, et la Cour supérieure devient seule compétente au-delà. La prise en paiement suit toutefois des règles de compétence qui lui sont propres, distinctes des autres recours — une nuance technique qu’un avocat en droit immobilier doit clarifier selon les particularités exactes de votre dossier plutôt que de s’en remettre à une règle générale.
Sur le plan des délais, il faut compter, dans l’ordre : le temps que l’institution financière laisse s’écouler avant d’agir (souvent plusieurs mois de défaut cumulé), la signification du préavis par un huissier, puis un minimum de 60 jours avant que le créancier puisse exercer quoi que ce soit, et enfin le temps propre à la procédure judiciaire elle-même si le débiteur ne délaisse pas volontairement — une demande de délaissement forcé, son audition, puis l’organisation de la vente. Dans un dossier non contesté où le débiteur collabore, l’ensemble peut se conclure en quelques mois après l’inscription du préavis; un dossier contesté, avec opposition du débiteur ou créanciers multiples à désintéresser, peut s’étirer sur une bien plus longue période.
10. Ce que révèlent les chiffres 2026, et quoi faire dès la réception d’un préavis
Les données du Registre foncier du Québec permettent de nuancer l’image souvent alarmiste associée aux recours hypothécaires. En juillet 2026, l’ensemble des actes liés aux difficultés financières — préavis d’exercice, reprises, avis de vente pour taxes impayées et faillites confondus — totalisait 745 actes à l’échelle provinciale, en baisse de 5,1 % par rapport à juillet 2025. Les reprises et saisies proprement dites ont reculé de 26,5 %, passant de 49 à 36 actes sur un an. Ce recul survient alors que la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % lors de son annonce du 2 septembre 2026, un septième maintien consécutif qui allège la pression sur les ménages devant renouveler leur hypothèque cette année.
La hausse de 8,0 % observée dans la région de Montréal, à contre-courant de la tendance provinciale, rappelle toutefois que ces statistiques agrégées cachent des réalités très locales : le coût de la vie plus élevé dans la métropole et la concentration de copropriétés achetées à des sommets de marché récents peuvent expliquer une pression plus soutenue dans certains secteurs.
Si vous recevez un préavis d’exercice, la première chose à faire est de lire attentivement le montant réclamé et le délai indiqué — jamais de l’ignorer en espérant qu’il se règle de lui-même. Contactez rapidement votre institution financière pour explorer, une dernière fois, les mesures d’allègement disponibles avant qu’un recours ne se rende à terme, évaluez avec un courtier si un délai de vente réaliste vous permettrait de vendre vous-même avant l’expiration du préavis, consultez un avocat en droit immobilier pour comprendre vos options précises selon votre équité restante, et si votre endettement dépasse la seule hypothèque, une consultation avec un syndic autorisé pourrait clarifier si une proposition de consommateur permettrait de protéger votre résidence pendant que vous redressez votre situation globale.
Erreurs fréquentes
La première erreur, très répandue, est de croire qu’un préavis d’exercice signifie une expulsion immédiate. Le délai légal de 60 jours pour un immeuble, combiné au droit de faire échec au recours en tout temps avant la prise en paiement ou la vente effective, laisse une fenêtre réelle pour négocier, refinancer ou vendre de façon proactive.
Une deuxième erreur consiste à vendre précipitamment sa propriété sans en informer le créancier une fois le préavis inscrit. Comme le prévoit l’article 2760 du Code civil, une telle vente reste inopposable au créancier tant que la dette n’est pas assumée ou qu’une somme suffisante n’est pas consignée — une transaction menée dans la précipitation et sans coordination peut donc s’effondrer.
Une autre erreur fréquente est de confondre la prise en paiement avec une simple reprise sans conséquence pour le créancier. Une fois le bien pris en paiement, l’obligation est éteinte : le créancier ne peut réclamer aucun déficit additionnel après coup, mais il ne peut pas non plus revenir sur son choix si la valeur réelle de l’immeuble se révèle plus élevée que prévu.
Beaucoup de débiteurs négligent également d’invoquer la règle du 50 % de l’article 2778 lorsqu’ils ont déjà remboursé une part importante de leur prêt. Cette protection oblige le créancier à obtenir l’autorisation du tribunal avant de prendre le bien en paiement dans ces circonstances — un argument qu’un avocat peut faire valoir pour forcer la vente plutôt que la perte pure et simple de l’équité accumulée.
Enfin, une erreur commune est d’attendre l’audition d’une demande de délaissement forcé avant de consulter un professionnel. Plus une consultation avec un avocat, un notaire ou un syndic autorisé survient tôt dans le processus — idéalement dès la réception du préavis — plus les options concrètes pour protéger l’équité restante demeurent nombreuses.
FAQ
Combien de temps ai-je réellement avant de perdre ma propriété après un préavis d’exercice?
Le délai minimal prévu par la loi est de 60 jours à compter de l’inscription du préavis au registre foncier pour un immeuble, période durant laquelle le créancier ne peut exercer aucun recours. Si vous ne remédiez pas au défaut ou ne délaissez pas volontairement à l’expiration de ce délai, le créancier doit ensuite entamer une procédure judiciaire de délaissement forcé, qui ajoute généralement plusieurs mois additionnels avant qu’une vente ou une prise en paiement ne se concrétise.
Puis-je vendre ma maison moi-même après avoir reçu un préavis d’exercice?
Oui, et c’est souvent la meilleure option pour préserver votre équité et le contrôle du calendrier. Il faut toutefois coordonner cette vente avec le créancier : la transaction doit permettre de le rembourser intégralement, ou obtenir son consentement explicite, sinon elle demeure inopposable à son égard en vertu de l’article 2760 du Code civil.
Quelle est la différence entre la prise en paiement et la vente sous contrôle de justice?
Dans la prise en paiement, le créancier devient lui-même propriétaire de l’immeuble et votre dette est complètement éteinte, peu importe la valeur réelle du bien. Dans la vente sous contrôle de justice, une personne désignée par le tribunal vend la propriété à un tiers, et vous recevez le surplus si le produit de la vente dépasse la dette et les frais — mais vous pourriez aussi rester redevable d’un solde si le produit est insuffisant.
Un créancier peut-il prendre ma maison en paiement même si j’ai remboursé la majeure partie de mon hypothèque?
Pas sans l’autorisation du tribunal. L’article 2778 du Code civil du Québec exige cette autorisation dès que le débiteur a déjà acquitté la moitié ou plus de l’obligation garantie, précisément pour éviter qu’un créancier ne s’approprie une équité substantielle sans supervision judiciaire.
Est-ce que je dois de l’argent à la banque si la vente de ma propriété ne couvre pas toute la dette?
Cela dépend du recours exercé. Après une vente sous contrôle de justice ou une vente par le créancier, un solde impayé peut effectivement demeurer à votre charge si le produit de la vente est insuffisant. Après une prise en paiement, en revanche, l’obligation est éteinte et le créancier ne peut réclamer aucune différence additionnelle.
Est-ce que je peux rester dans ma maison pendant toute la procédure?
Généralement, oui, tant que le délaissement n’a pas eu lieu — volontairement ou par jugement. Une fois le délaissement ordonné ou consenti, vous devez remettre le bien au créancier ou à la personne désignée; y demeurer sans droit à cette étape peut entraîner des conséquences légales additionnelles.
Le préavis d’exercice affecte-t-il immédiatement mon dossier de crédit?
L’inscription d’un préavis au registre foncier n’est pas en soi un événement transmis aux bureaux de crédit, mais les paiements manqués qui ont mené à cette étape sont généralement déjà rapportés depuis plusieurs mois. C’est l’accumulation des retards de paiement, bien avant le préavis, qui pèse le plus lourd sur votre cote de crédit.
Ai-je besoin d’un avocat pour me défendre contre un recours hypothécaire?
Ce n’est pas obligatoire, mais fortement recommandé dès la réception d’un préavis. Les délais sont stricts, les moyens de défense doivent être valablement fondés pour faire échec à un délaissement forcé, et un avocat peut aussi négocier directement avec le créancier ou invoquer des protections comme celle de l’article 2778 en votre faveur.
Sources officielles
- LégisQuébec — Code civil du Québec, Livre sixième, articles 2748 à 2794 (De l’exercice des droits hypothécaires)
- LégisQuébec — Code de procédure civile, article 35 (compétence de la Cour du Québec et de la Cour supérieure)
- Gouvernement du Québec — Registre foncier du Québec, statistiques du marché immobilier et indice de difficultés financières
- Éducaloi — L’hypothèque immobilière
- Banque du Canada — Annonce concernant le taux directeur, 2 septembre 2026
Cet article est fourni à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis juridique ou financier personnalisé. Les recours hypothécaires touchent directement vos droits de propriété et comportent des délais stricts : si vous recevez un préavis d’exercice, consultez rapidement un avocat en droit immobilier ou un notaire pour évaluer les options propres à votre situation. Pour en savoir plus sur notre approche éditoriale, consultez notre méthodologie.

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