Vendre un plex avec locataires en place au Québec : le guide complet

Vendre un plex occupé par des locataires est une opération bien différente de la vente d’une maison unifamiliale : ici, vous ne vendez pas seulement un bâtiment, mais aussi des baux, des revenus et une relation locative que l’acheteur héritera intégralement. Au Québec, la règle est sans ambiguïté : la vente d’un immeuble ne met pas fin aux baux en cours. Le nouveau propriétaire devient automatiquement le locateur et reprend tous les droits et obligations rattachés aux logements occupés. Cela signifie que vos locataires conservent leur bail, leur loyer et leur droit au maintien dans les lieux, peu importe le changement de propriétaire. Pour vous, vendeur, cette réalité a des conséquences concrètes : les visites doivent respecter des règles précises, la valeur de votre immeuble dépend largement des loyers en place, et la fiscalité d’une vente d’immeuble à revenus n’a rien à voir avec celle d’une résidence principale. Ce guide vous explique, étape par étape, comment vendre un plex avec locataires : ce que dit la loi, comment cela influence le prix, comment gérer les visites et la communication avec vos locataires, quels sont les pièges fiscaux à anticiper, et comment préparer votre dossier pour maximiser votre prix de vente tout en respectant les droits de chacun.

Un plex se vend d’abord sur ses chiffres. Contrairement à une maison, dont la valeur repose sur des comparables et le coup de cœur, un immeuble à revenus s’évalue sur ses loyers, ses dépenses et son rendement. Et parce que des locataires y vivent, la transaction est encadrée par des règles que ni le vendeur ni l’acheteur ne peuvent contourner. Comprendre ce cadre est la clé d’une vente réussie.

Sommaire

Le principe : le bail suit l’immeuble

Avant toute chose, un principe juridique doit être parfaitement compris, car il structure toute la transaction : au Québec, vendre un immeuble ne met pas fin aux baux qui s’y trouvent. Cette règle, inscrite au Code civil, protège les locataires et lie l’acheteur.

Concrètement, lorsque vous vendez votre plex, les baux en vigueur sont transférés automatiquement au nouveau propriétaire. Celui-ci devient le nouveau locateur et doit respecter les conditions de chaque bail : le montant du loyer, la durée, les clauses particulières. Il ne peut pas résilier un bail simplement parce qu’il vient d’acheter l’immeuble, ni imposer de nouvelles conditions aux locataires en place.

Cette réalité découle de deux droits fondamentaux des locataires québécois :

  • Le maintien dans les lieux — Un locataire a le droit de demeurer dans son logement aussi longtemps qu’il le souhaite, et de voir son bail se renouveler automatiquement à échéance.
  • Le transfert des baux — La vente de l’immeuble transfère les droits et obligations du bail au nouveau propriétaire, sans interruption.
  • L’impossibilité de résilier pour cause de vente — Un changement de propriétaire, à lui seul, ne constitue jamais un motif de fin de bail.
  • La protection contre l’éviction arbitraire — Le nouvel acquéreur ne peut pas mettre les locataires à la rue ni modifier unilatéralement leurs conditions.

Au Québec, la vente d’un immeuble ne met pas fin aux baux existants. Le nouvel acquéreur devient automatiquement le nouveau locateur et hérite de tous les droits et obligations des baux en vigueur. Un changement de propriétaire ne permet jamais, à lui seul, de résilier un bail.

Pour vous, vendeur, ce cadre a une implication majeure : vous vendez un immeuble « avec ses locataires », et c’est précisément cette occupation qui donne sa valeur à votre plex en tant qu’immeuble à revenus. Comprendre les droits des locataires au Québec n’est donc pas seulement une obligation légale : c’est un élément central de votre stratégie de vente.

Comment se fixe le prix d’un plex occupé

La grande différence entre vendre une maison et vendre un plex tient à la méthode d’évaluation. Une unifamiliale se compare à d’autres maisons vendues récemment ; un immeuble à revenus, lui, se valorise principalement sur ses revenus. Cette distinction change tout dans la façon de fixer votre prix.

La méthode la plus courante pour évaluer un petit plex (duplex, triplex, quadruplex) est le multiplicateur de revenu brut, ou MRB. Il s’agit d’un ratio simple qui relie le prix de l’immeuble à ses revenus locatifs bruts annuels :

Élément Calcul Exemple
Revenus bruts annuels Somme des loyers annuels 50 000 $
MRB du marché Selon le secteur et l’année ≈ 12 à 14 (marché montréalais récent)
Valeur estimée Revenus bruts × MRB 50 000 $ × 14 = 700 000 $

À Montréal, selon les données récentes de l’APCIQ, le MRB des plex se situe généralement entre 12 et 14 fois les revenus bruts, un ratio qui a progressé depuis quelques années sous l’effet de la forte demande pour les immeubles locatifs. Les quartiers centraux affichent des MRB plus élevés que les secteurs périphériques. Ce ratio n’est toutefois qu’une première lecture : il ne tient pas compte des dépenses. Pour une analyse complète, les investisseurs sérieux utilisent aussi le taux de capitalisation (TGA) et le rendement sur mise de fonds, comme l’explique notre guide sur l’évaluation d’un immeuble multilogement.

Le point crucial à retenir : ce sont vos loyers réels qui déterminent la valeur, pas les loyers que vous pourriez théoriquement demander. Un acheteur avisé — et son courtier — évaluera votre immeuble sur les revenus inscrits aux baux, pas sur un potentiel hypothétique. C’est ici que la question des loyers sous le marché devient déterminante. Vous pouvez estimer le rendement de votre immeuble avec notre calculateur de rentabilité immobilière pour vous mettre à la place de l’acheteur.

Loyers sous le marché : l’enjeu central

Voici le paradoxe le plus important de la vente d’un plex occupé, et celui que beaucoup de vendeurs découvrent trop tard : des loyers bas peuvent réduire la valeur de vente de votre immeuble, même si l’immeuble lui-même est en excellent état.

Puisque la valeur d’un immeuble à revenus dépend directement de ses loyers, un plex dont les logements sont loués nettement sous les prix du marché vaudra moins qu’un immeuble identique aux loyers actualisés. Or, au Québec, les augmentations de loyer sont encadrées par le Tribunal administratif du logement (TAL), et un locataire de longue date paie souvent un loyer inférieur à ce que le marché commanderait. Ce n’est pas un défaut de votre gestion : c’est une conséquence directe du cadre réglementaire.

Cette réalité a plusieurs implications pour le vendeur :

  • La valeur reflète les loyers actuels — L’acheteur achète les revenus réels, transférés avec les baux, pas un potentiel futur.
  • Le potentiel d’augmentation intéresse l’acheteur — Un écart entre loyer actuel et loyer de marché représente un levier de valorisation future pour l’acquéreur, qui peut en tenir compte.
  • Les hausses restent encadrées — Le nouveau propriétaire ne pourra pas augmenter librement les loyers ; il devra respecter les règles de fixation et d’augmentation des loyers.
  • La transparence est payante — Présenter des baux clairs et des loyers documentés rassure l’acheteur et facilite la transaction.

La valeur d’un plex repose sur ses loyers réels, pas sur son potentiel. Des logements loués sous le marché peuvent réduire le prix de vente — mais l’écart entre le loyer actuel et le loyer de marché constitue aussi un argument pour l’acheteur, qui y voit un levier de valorisation futur, dans les limites permises par le TAL.

Certains vendeurs cherchent à actualiser les loyers avant la mise en vente. C’est possible, mais dans le strict respect des règles de fixation des loyers du TAL : une hausse abusive serait contestable par le locataire. La stratégie la plus saine consiste à documenter honnêtement vos revenus et à laisser l’acheteur évaluer le potentiel.

Les visites avec locataires : les règles

Une fois votre plex sur le marché, vous devrez le faire visiter. La présence de locataires ne vous en empêche pas, mais elle vous impose des règles précises que vous devez respecter scrupuleusement, sous peine de tension, voire de plainte au TAL.

Le Code civil prévoit que le locataire doit permettre les visites lorsque le logement est offert en vente. En contrepartie, ses droits sont clairement balisés. Voici les règles essentielles :

  • Un avis d’au moins 24 heures — Le locataire doit être informé au moins 24 heures avant chaque visite.
  • Des heures raisonnables — Les visites doivent se dérouler à des heures raisonnables, généralement entre 9 h et 21 h, sauf entente contraire.
  • Le droit à la présence du locataire — Le locataire peut demander à être présent lors des visites.
  • Le respect de la jouissance des lieux — Le locataire conserve son droit à la tranquillité ; les visites ne doivent pas devenir harcelantes.

Ces règles expliquent pourquoi il est stratégique d’informer vos locataires de votre intention de vendre dès le début du processus. Un locataire prévenu et respecté collabore ; un locataire pris au dépourvu peut rendre les visites difficiles, ce qui nuit directement à votre vente. La coopération de vos locataires est un actif : un logement bien tenu, présenté par un occupant de bonne foi, se vend mieux.

Communiquer avec vos locataires

La communication avec vos locataires n’est pas seulement une question de courtoisie : c’est un levier stratégique qui peut faciliter ou compliquer considérablement votre vente. Une bonne gestion de cette relation profite à toutes les parties.

Bien que la loi ne vous oblige pas à obtenir le consentement de vos locataires pour vendre — ni même, strictement, à les informer de votre intention de vendre —, une communication transparente est fortement recommandée. Elle prépare le terrain pour des visites fluides et une transition harmonieuse.

Voici les moments clés où communiquer avec vos locataires :

  • Au début du processus — Informer de l’intention de vendre permet d’organiser les visites en respectant leur horaire et leur intimité.
  • Pendant la mise en marché — Coordonner chaque visite avec l’avis de 24 heures et à des heures convenables.
  • Au moment du transfert — Informer les locataires du changement de propriétaire, afin qu’ils sachent à qui verser leur loyer et à qui s’adresser.

Le jour du transfert de propriété, il est conseillé de transmettre au nouveau propriétaire tous les renseignements utiles sur les locataires et les baux, et d’aviser les locataires de l’identité de leur nouveau locateur. Cette transition claire évite les malentendus sur le versement des loyers et les dépôts éventuels.

Reprise et éviction : ce que le vendeur ne peut pas faire

C’est l’un des points les plus mal compris de la vente d’un plex, et une source fréquente de fausses promesses. Beaucoup d’acheteurs souhaitent occuper un des logements ou y loger un proche. Mais le vendeur ne peut pas leur « livrer » un logement vacant en évinçant un locataire à leur place.

La règle est la suivante : le droit de reprise d’un logement appartient au propriétaire, et le nouvel acquéreur ne peut l’exercer qu’après être devenu propriétaire, c’est-à-dire après la signature de l’acte de vente. Le vendeur ne peut pas entreprendre une reprise « au nom » d’un futur acheteur. Autrement dit, si un logement est occupé, l’acheteur devra lui-même suivre la procédure de reprise, avec ses conditions et ses délais, une fois l’immeuble acquis.

Les conditions essentielles de la reprise à connaître :

  • Après l’acte de vente seulement — Le nouveau propriétaire ne peut envoyer un avis de reprise qu’une fois devenu officiellement propriétaire.
  • Un avis dans les délais prévus — Le délai d’avis varie selon la durée du bail ; il doit respecter les prescriptions du Code civil.
  • Des motifs précis — La reprise doit servir à loger le propriétaire ou un proche admissible ; l’achat à plusieurs peut limiter ce droit.
  • Le droit de contester du locataire — Le locataire peut refuser ; le propriétaire doit alors obtenir l’autorisation du TAL.

Le vendeur ne peut pas évincer un locataire pour livrer un logement libre à l’acheteur. Le droit de reprise appartient au nouveau propriétaire, qui ne peut l’exercer qu’après la signature de l’acte de vente, en respectant les avis, les délais et les motifs prévus par la loi — et le locataire garde le droit de contester devant le TAL.

Cette réalité doit être communiquée honnêtement à l’acheteur. Promettre un logement vacant qu’on ne peut légalement livrer expose à des litiges. Pour les détails de cette procédure, consultez notre guide sur la reprise de logement au Québec. Notez aussi qu’un acheteur souhaitant devenir propriétaire-occupant d’un plex doit vérifier ces règles avant de s’engager.

Le dossier à préparer pour la vente

Vendre un immeuble à revenus exige une préparation documentaire bien plus poussée que la vente d’une maison. Un dossier complet et transparent rassure l’acheteur, accélère la transaction et justifie votre prix. C’est un investissement de temps qui rapporte.

Un acheteur sérieux — et son prêteur — voudront examiner les chiffres réels de l’immeuble avant de s’engager. Préparer ces documents à l’avance vous place en position de force et évite les mauvaises surprises en cours de négociation.

Voici les documents essentiels à réunir :

  • Les baux de chaque logement — Signés et à jour, avec les montants de loyer et les clauses particulières.
  • L’historique des loyers — Les loyers actuels et leur évolution, pour démontrer la stabilité des revenus.
  • Les dépenses d’exploitation — Taxes municipales et scolaires, assurances, énergie, entretien, gestion.
  • Les états financiers de l’immeuble — Revenus nets, idéalement sur deux ou trois ans.
  • Les factures de travaux et rénovations — Elles documentent l’entretien et, sur le plan fiscal, peuvent réduire votre gain en capital.
  • Le certificat de localisation — À jour, faute de quoi l’acheteur pourrait en exiger un nouveau.

Un dossier soigné vous distingue immédiatement des vendeurs improvisés. Il permet à l’acheteur de vérifier les revenus réels — et non les revenus potentiels —, ce qui est précisément ce que recommandent les experts en immeubles à revenus. Cette transparence, loin de vous desservir, crédibilise votre prix et fluidifie la négociation, que vous vendiez avec un courtier ou en privé, comme le compare notre analyse vendre en privé ou via MLS un immeuble à revenus.

La fiscalité de la vente d’un plex

Voici l’aspect le plus complexe — et le plus coûteux si mal anticipé — de la vente d’un immeuble à revenus. Contrairement à la vente d’une résidence principale, qui est généralement exonérée d’impôt, la vente d’un plex peut générer une facture fiscale importante. La comprendre avant de vendre évite les très mauvaises surprises.

La vente d’un immeuble locatif soulève principalement deux enjeux fiscaux distincts : le gain en capital et la récupération d’amortissement. Ce sont deux mécanismes différents, souvent confondus, qu’il faut examiner séparément.

Le gain en capital. Il correspond à la différence entre le prix de vente et le prix de base rajusté (le coût d’acquisition, majoré des rénovations majeures et de certains frais). Au Canada, le taux d’inclusion des gains en capital est de 50 % : autrement dit, la moitié de votre gain s’ajoute à votre revenu imposable et est imposée à votre taux marginal. Un point mérite d’être clarifié, car il a semé beaucoup de confusion : une hausse du taux d’inclusion à 66,67 % avait été proposée en 2024, puis reportée, avant d’être annulée par le gouvernement fédéral le 21 mars 2025. Le taux demeure donc à 50 % pour tous les contribuables, sans seuil particulier. Comme ces règles ont beaucoup évolué, validez toujours le traitement applicable à votre situation avec un fiscaliste.

La récupération d’amortissement. Si, au fil des ans, vous avez déduit de l’amortissement (la déduction pour amortissement, ou DPA) sur votre immeuble pour réduire votre revenu locatif imposable, la vente peut déclencher une « récupération ». Lorsque le prix de vente attribué au bâtiment dépasse sa valeur comptable amortie, l’amortissement déduit par le passé est réintégré à votre revenu — et imposé comme un revenu ordinaire, à 100 %, et non comme un gain en capital. Beaucoup de propriétaires qui ont accéléré la DPA dans le passé découvrent une récupération élevée au moment de vendre.

Mécanisme Ce qui est imposé Comment
Gain en capital Plus-value (prix de vente − prix de base rajusté) 50 % du gain ajouté au revenu imposable
Récupération d’amortissement (DPA) Amortissement déduit par le passé Réintégré au revenu, imposé à 100 %
TPS / TVQ Généralement non pour du résidentiel pur Peut s’appliquer à la portion commerciale d’un immeuble mixte

La vente d’un plex peut générer deux impôts distincts : le gain en capital (50 % de la plus-value ajoutée au revenu) et la récupération de l’amortissement déduit par le passé (imposée à 100 % comme un revenu). Anticiper ces montants avec un comptable ou un fiscaliste avant de mettre en vente évite des surprises coûteuses au moment des impôts.

À ces impôts s’ajoute la question du produit net : une partie du prix sert à rembourser le solde hypothécaire, les frais de quittance et parfois une pénalité de remboursement anticipé, sans oublier la commission du courtier. Notre calculateur de commission de courtier vous aide à estimer ce dernier poste. Pour la portion fiscale, un immeuble purement résidentiel est généralement exonéré de TPS et de TVQ à la revente, mais un immeuble à usage mixte ou semi-commercial peut y être assujetti sur sa portion commerciale. Compte tenu de cette complexité, la consultation d’un fiscaliste spécialisé en immobilier n’est pas un luxe : c’est ce qui protège votre profit.

Le cas du propriétaire-occupant

Si vous habitez vous-même un des logements de votre plex, votre situation fiscale est particulière — et plus avantageuse. Une portion de votre immeuble peut en effet bénéficier de l’exonération pour résidence principale, ce qui réduit votre facture d’impôt à la vente.

Le principe est le suivant : la partie de l’immeuble que vous occupez personnellement à titre de résidence principale peut être exonérée du gain en capital, au prorata de la superficie occupée, pour les années où vous y avez habité. Seule la portion locative de l’immeuble est alors imposable sur le gain.

Prenons un exemple simplifié : si vous occupez un logement représentant environ un tiers de la superficie d’un triplex, cette portion peut être exonérée pour vos années d’occupation, et seule la portion locative restante serait assujettie au gain en capital. Le calcul réel est plus nuancé — il tient compte de la superficie exacte, de la durée d’occupation et de l’usage de chaque partie — et mérite l’accompagnement d’un fiscaliste.

Ce statut de propriétaire-occupant d’un plex a d’autres implications au moment de vendre :

  • Exonération partielle possible — La portion habitée peut échapper au gain en capital, au prorata et pour la période d’occupation.
  • Un calcul au prorata — L’exonération se calcule selon la superficie occupée et la durée de résidence.
  • Attention à l’historique d’amortissement — Réclamer la DPA sur la portion locative peut compliquer l’exonération et déclencher une récupération.
  • Documenter l’occupation — Conserver les preuves de résidence principale facilite l’application de l’exonération.

La combinaison de l’exonération pour résidence principale et de la fiscalité locative est l’une des situations les plus délicates à calculer. C’est un cas où l’avis d’un professionnel se rentabilise largement.

Maximiser la valeur avant de vendre

Puisque la valeur d’un plex repose sur ses revenus et sur l’impression qu’il dégage, quelques gestes ciblés peuvent améliorer sensiblement votre prix de vente. L’objectif n’est pas de tout rénover, mais d’agir là où le rendement est le meilleur.

Contrairement à une maison, où la cuisine et la salle de bain font vendre, un immeuble à revenus se valorise d’abord par la solidité de ses chiffres et la qualité de sa gestion apparente. Un acheteur cherche un investissement fiable, pas un coup de cœur.

Voici les leviers les plus efficaces avant une mise en vente :

  • Des baux à jour et documentés — Des loyers clairs, des baux signés, une comptabilité ordonnée rassurent et crédibilisent le prix.
  • Les parties communes et l’extérieur — Peinture des entrées, aménagement extérieur, propreté générale : les éléments visibles influencent la perception.
  • Les réparations différées visibles — Corriger les défauts apparents (toiture, gouttières, escaliers) évite les négociations à la baisse.
  • Une provision pour les gros postes — Documenter l’état de la toiture, du chauffage et de la plomberie rassure sur les dépenses à venir.
  • Deux évaluations comparatives — Obtenir au moins deux analyses de marché avant de fixer le prix, comme le recommandent les professionnels.

Attention toutefois à ne pas surinvestir : rénover lourdement un logement occupé n’est ni toujours possible, ni toujours rentable. La logique du rendement des améliorations avant la vente s’applique ici avec encore plus de rigueur, car chaque dollar dépensé doit se justifier par une hausse de valeur ou de revenus. Souvent, la meilleure préparation consiste à mettre de l’ordre dans les chiffres et à soigner les éléments visibles, plutôt qu’à entreprendre de grands travaux.

Erreurs fréquentes

La première erreur, et la plus coûteuse, consiste à promettre à l’acheteur un logement vacant qu’on ne peut légalement livrer. Un vendeur ne peut pas évincer un locataire pour le compte de l’acheteur : le droit de reprise n’appartient qu’au nouveau propriétaire, après l’acte de vente. Faire une telle promesse expose à des litiges et à des recours.

Une autre erreur répandue est de fixer le prix sur des loyers potentiels plutôt que réels. La valeur d’un immeuble à revenus se calcule sur les revenus effectivement inscrits aux baux. Gonfler le prix en invoquant un potentiel théorique fait fuir les acheteurs sérieux et allonge le délai de vente.

Beaucoup de vendeurs négligent la communication avec leurs locataires, ce qui complique les visites et crée des tensions. Un locataire prévenu, respecté et informé de ses droits collabore ; un locataire pris au dépourvu peut, volontairement ou non, nuire à la vente en rendant les visites difficiles.

Sur le plan fiscal, l’erreur classique est de sous-estimer l’impact du gain en capital et de la récupération d’amortissement. Un vendeur qui a déduit de la DPA pendant des années peut faire face à une facture bien plus lourde que prévu. Ne pas consulter de fiscaliste avant la vente prive de stratégies d’optimisation parfois substantielles.

Enfin, une erreur fréquente consiste à négliger la préparation du dossier financier. Sans baux, sans historique de loyers ni états de dépenses clairs, l’acheteur et son prêteur hésitent, négocient à la baisse, ou se retirent. Un dossier incomplet coûte du temps et de l’argent.

FAQ

Puis-je vendre mon plex si les logements sont occupés par des locataires ?
Oui, absolument. La présence de locataires ne vous empêche pas de vendre. La vente ne met pas fin aux baux : le nouveau propriétaire hérite des baux en cours et devient le nouveau locateur. Les locataires conservent leur logement, leur loyer et leur droit au maintien dans les lieux. Vous devez respecter les règles de visite (avis de 24 heures, heures raisonnables) et il est fortement recommandé d’informer vos locataires de votre intention de vendre pour faciliter la transition. La vente d’un immeuble occupé est une opération courante au Québec.

L’acheteur peut-il expulser mes locataires après l’achat ?
Pas librement. L’acheteur devient le nouveau locateur et doit respecter les baux en vigueur. Il ne peut pas résilier un bail simplement parce qu’il vient d’acheter. Il peut toutefois exercer un droit de reprise pour se loger lui-même ou loger un proche admissible, mais seulement après la signature de l’acte de vente, en envoyant un avis dans les délais prévus et en respectant les motifs permis. Le locataire peut contester cette reprise devant le Tribunal administratif du logement. En tant que vendeur, vous ne pouvez pas entreprendre cette reprise à la place de l’acheteur.

Est-ce que des loyers bas réduisent la valeur de mon plex ?
Généralement oui. La valeur d’un immeuble à revenus se calcule principalement sur ses loyers réels. Des logements loués sous les prix du marché génèrent des revenus plus faibles, ce qui abaisse la valeur selon les méthodes d’évaluation comme le multiplicateur de revenu brut. Cela dit, l’écart entre le loyer actuel et le loyer de marché peut intéresser certains acheteurs, qui y voient un potentiel de valorisation — dans les limites permises par les règles d’augmentation du TAL. La transparence sur vos revenus réels demeure la meilleure approche.

Dois-je informer mes locataires que je vends l’immeuble ?
La loi ne vous oblige pas à obtenir leur consentement ni, strictement, à annoncer votre intention de vendre. Toutefois, une communication transparente est fortement recommandée. Informer vos locataires dès le début facilite l’organisation des visites (avec l’avis de 24 heures requis), réduit les tensions et favorise une transition harmonieuse. Au moment du transfert, vous devez les informer du changement de propriétaire pour qu’ils sachent à qui verser leur loyer. Un locataire bien traité est un allié précieux pour réussir votre vente.

Combien d’impôt vais-je payer en vendant mon plex ?
Cela dépend de votre situation, mais deux mécanismes s’appliquent généralement. Le gain en capital : la moitié (taux d’inclusion de 50 %) de la plus-value entre le prix de base rajusté et le prix de vente s’ajoute à votre revenu imposable. La récupération d’amortissement : si vous avez déduit de la DPA par le passé, elle peut être réintégrée à votre revenu et imposée à 100 %. Si vous occupez une partie de l’immeuble comme résidence principale, cette portion peut être exonérée au prorata. Le calcul est complexe et a évolué récemment ; consultez un fiscaliste spécialisé en immobilier avant de vendre pour estimer votre facture et explorer les stratégies d’optimisation.

Le nouveau propriétaire peut-il augmenter les loyers après l’achat ?
Seulement dans le respect des règles du Tribunal administratif du logement. Le nouveau locateur ne peut pas augmenter librement les loyers : il doit suivre la procédure de fixation et respecter les critères encadrant les hausses, comme n’importe quel propriétaire. Le locataire peut refuser une augmentation jugée abusive et demander au TAL de la fixer. Un acheteur qui compte sur une hausse rapide des loyers pour rentabiliser son achat doit bien comprendre ces limites avant de s’engager.

Vaut-il mieux vendre mon plex avec un courtier ou en privé ?
Les deux options sont possibles pour un immeuble à revenus. Un courtier spécialisé en immeubles à revenus connaît les acheteurs investisseurs, sait présenter les chiffres et peut élargir la visibilité, en échange d’une commission. La vente en privé économise la commission mais exige plus de travail de mise en marché et de qualification des acheteurs. Le choix dépend de votre expérience, de votre temps disponible et de la complexité de l’immeuble. Notre comparatif entre la vente en privé et via MLS pour un immeuble à revenus détaille les avantages de chaque approche.

Sources officielles


Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier personnalisé. Les règles encadrant les baux, les visites, la reprise de logement et la fiscalité immobilière sont complexes et évoluent ; le traitement fiscal d’une vente d’immeuble à revenus dépend de votre situation particulière. Avant de vendre, consultez les professionnels appropriés — courtier immobilier, notaire, comptable ou fiscaliste — pour valider votre situation. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.