La cotisation spéciale est la hantise du copropriétaire : un appel de fonds exceptionnel, parfois de plusieurs milliers de dollars, voté pour financer des travaux ou des dépenses imprévues que le fonds de prévoyance ne couvre pas. Contrairement aux charges régulières, prévisibles et étalées, la cotisation spéciale tombe ponctuellement et peut frapper fort, transformant un budget équilibré en casse-tête financier. Pour l’acheteur de condo, comprendre pourquoi ces cotisations surviennent, qui doit les payer, et surtout comment les anticiper avant d’acheter, est l’une des protections les plus importantes — car une cotisation spéciale imminente non détectée peut faire de votre nouveau condo une mauvaise affaire dès la prise de possession. La bonne nouvelle, c’est que les cotisations spéciales ne sont pas le fruit du hasard : elles résultent presque toujours d’un fonds de prévoyance sous-financé face à des travaux majeurs, ou d’un imprévu mal géré. Elles sont donc, dans une large mesure, prévisibles et évitables pour qui sait lire les bons signaux. Ce guide explique ce qu’est une cotisation spéciale, pourquoi elle survient, qui en assume le coût (notamment la question délicate du vendeur ou de l’acheteur lors d’une transaction), comment l’anticiper grâce aux documents de la copropriété, et comment réduire ce risque avant d’acheter. L’objectif : faire de cette crainte diffuse une réalité maîtrisable.
Dernier volet de notre série sur la copropriété, cet article s’attaque à ce qui inquiète le plus les copropriétaires et les acheteurs : l’appel de fonds imprévu. Comprendre la cotisation spéciale, c’est se donner les moyens de l’anticiper plutôt que de la subir.
Sommaire
- Qu’est-ce qu’une cotisation spéciale
- Pourquoi surviennent les cotisations spéciales
- Le lien avec le fonds de prévoyance
- Qui paie la cotisation spéciale
- La cotisation lors d’une vente
- Des montants parfois lourds
- Anticiper avant d’acheter
- Comment réduire le risque
- Financer une cotisation spéciale
- Cotisation spéciale et valeur de revente
- Erreurs fréquentes
- FAQ
- Sources officielles
Qu’est-ce qu’une cotisation spéciale
Pour bien saisir la cotisation spéciale, il faut la situer par rapport aux charges régulières que tout copropriétaire connaît. Les charges de copropriété ordinaires sont les contributions mensuelles, prévisibles, qui financent l’exploitation courante et alimentent le fonds de prévoyance. La cotisation spéciale, elle, est une contribution exceptionnelle et ponctuelle, votée pour faire face à une dépense que le budget courant et le fonds ne suffisent pas à couvrir.
Concrètement, lorsqu’une copropriété doit engager une dépense importante — réfection majeure, réparation urgente, dépense imprévue — et que les sommes disponibles sont insuffisantes, le syndicat peut décider de réclamer un montant additionnel à chaque copropriétaire. Ce montant est réparti selon la quote-part de chacun, comme les charges ordinaires.
La différence essentielle : les charges régulières sont prévisibles et étalées, tandis que la cotisation spéciale tombe ponctuellement et peut représenter une somme importante à débourser rapidement.
Cette nature exceptionnelle explique tout le problème qu’elle pose. Un copropriétaire peut planifier ses charges mensuelles, mais une cotisation spéciale de quelques milliers de dollars, annoncée avec un préavis limité, peut déséquilibrer ses finances. C’est précisément pour cette raison qu’elle est tant redoutée, et que sa prévention est si importante.
Pourquoi surviennent les cotisations spéciales
Les cotisations spéciales ne tombent pas du ciel. Elles résultent presque toujours de situations identifiables, ce qui est une bonne nouvelle : un risque prévisible est un risque que l’on peut évaluer avant d’acheter. Les causes se regroupent en quelques grandes catégories.
La cause de loin la plus fréquente est le sous-financement du fonds de prévoyance face à des travaux majeurs. Lorsqu’une copropriété n’a pas suffisamment cotisé au fil des ans, le fonds se révèle insuffisant au moment où surviennent les gros travaux prévisibles — et la cotisation spéciale vient combler l’écart.
Voici les principales situations qui déclenchent une cotisation spéciale :
- Des travaux majeurs sous-financés — Réfection de toiture, de façade, remplacement d’ascenseurs : des dépenses prévisibles que le fonds aurait dû couvrir, mais ne couvre pas suffisamment.
- Un imprévu urgent — Un bris majeur, un dégât d’eau important, un problème structurel soudain qui exige une intervention immédiate.
- Un sinistre mal couvert — Lorsque l’assurance ne couvre pas l’entièreté d’un dommage, le solde peut être réclamé aux copropriétaires.
- Un litige coûteux — Une poursuite perdue ou des frais juridiques imprévus peuvent grever les finances du syndicat.
- Une mauvaise gestion — Des charges maintenues artificiellement basses ou un entretien négligé finissent par se rattraper sous forme de cotisation.
On remarque que la plupart de ces causes ont un point commun : elles reflètent un manque de planification ou de capitalisation. Une copropriété bien gérée, qui cotise adéquatement et entretient son immeuble, réduit considérablement le risque de cotisation spéciale. À l’inverse, une copropriété qui navigue à vue accumule les conditions d’un appel de fonds futur.
Le lien avec le fonds de prévoyance
S’il fallait retenir une seule chose sur les cotisations spéciales, ce serait leur lien étroit avec le fonds de prévoyance. Ce fonds est précisément conçu pour éviter les cotisations spéciales : il s’agit d’une réserve accumulée progressivement pour payer les réparations majeures et les remplacements lorsqu’ils surviennent.
La logique est limpide. Un fonds de prévoyance bien garni permet d’absorber les gros travaux sans appel de fonds exceptionnel. Un fonds insuffisant force la copropriété à réclamer la différence aux copropriétaires au moment des travaux. La cotisation spéciale est donc, le plus souvent, le symptôme d’un fonds qui n’a pas été suffisamment alimenté.
La cotisation spéciale est souvent le prix à payer, plus tard et d’un coup, pour des charges maintenues trop basses, hier et progressivement. Le coût ne disparaît pas : il est reporté et concentré.
C’est pourquoi des charges anormalement basses doivent éveiller la méfiance plutôt que séduire. Une copropriété qui cotise peu au fonds offre des charges attrayantes à court terme, mais accumule un déficit de capitalisation qui se traduira tôt ou tard par une cotisation spéciale. Les réformes récentes du droit de la copropriété, qui imposent désormais une étude du fonds de prévoyance et une contribution minimale, visent justement à réduire ce risque en forçant les copropriétés à mieux planifier leur financement à long terme.
L’élément le plus coûteux d’un immeuble illustre bien ce mécanisme : la réfection d’une toiture représente une dépense majeure et parfaitement prévisible. Une copropriété prévoyante l’aura financée par son fonds ; une copropriété imprévoyante la financera par une cotisation spéciale douloureuse.
Pour aller plus loin sur la copropriété
Qui paie la cotisation spéciale
La question de savoir qui paie semble simple — les copropriétaires — mais elle recèle des nuances importantes, surtout au moment d’une transaction. Commençons par le principe général avant d’aborder le cas délicat de la vente.
En règle générale, la cotisation spéciale est répartie entre les copropriétaires selon la quote-part de chaque unité dans les parties communes, exactement comme les charges ordinaires. Le copropriétaire d’une grande unité, dont la quote-part est élevée, paiera donc une part plus importante que celui d’une petite unité. Cette répartition proportionnelle découle de la déclaration de copropriété.
La décision d’imposer une cotisation spéciale relève généralement d’un vote, dont les modalités dépendent de la nature de la dépense et de ce que prévoit la déclaration. Pour certaines dépenses urgentes, le conseil d’administration peut disposer d’une marge d’action ; pour des travaux majeurs, l’assemblée des copropriétaires est généralement appelée à se prononcer.
Un copropriétaire ne peut généralement pas refuser de payer une cotisation spéciale régulièrement votée, même s’il était en désaccord. Le non-paiement expose à des recours du syndicat.
Cette obligation de payer, même en cas de désaccord, souligne l’importance de participer aux assemblées où ces décisions se prennent. Le copropriétaire absent subit la décision sans avoir pu l’influencer, mais reste tenu de payer sa part.
La cotisation lors d’une vente
Le cas le plus délicat, et celui qui concerne directement l’acheteur, est celui de la cotisation spéciale dans le contexte d’une vente. Qui, du vendeur ou de l’acheteur, doit assumer une cotisation spéciale ? La réponse dépend du moment et des termes de la transaction, et c’est une source fréquente de litiges.
Le principe général veut que la responsabilité de la cotisation dépende du moment où elle a été votée par rapport à la vente. Une cotisation votée avant la vente incombe généralement au vendeur, tandis qu’une cotisation votée après la prise de possession incombe à l’acheteur. Mais la réalité est plus nuancée, car une cotisation peut être votée avant la vente tout en étant payable en plusieurs versements après celle-ci.
Plusieurs situations méritent attention dans une transaction :
- Cotisation déjà votée et connue — Elle doit être divulguée et faire l’objet d’une entente claire entre vendeur et acheteur sur qui l’assume.
- Cotisation votée mais payable en versements — La répartition des versements entre vendeur et acheteur doit être précisée dans l’acte.
- Cotisation prévisible mais non encore votée — Un travail majeur en discussion dans les procès-verbaux signale un risque que l’acheteur assumera s’il achète.
| Situation | Qui assume généralement | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Cotisation votée avant la vente | Le vendeur (en principe) | À clarifier dans l’acte |
| Cotisation votée après la prise de possession | L’acheteur | Risque assumé par le nouvel acheteur |
| Cotisation votée avant, payable en versements après | À répartir entre les parties | Préciser la répartition des versements |
| Travaux prévisibles non encore votés | L’acheteur (risque futur) | Repérable dans les procès-verbaux |
C’est précisément ici que l’examen des documents et l’attestation du syndicat prennent toute leur valeur, car ils révèlent les cotisations votées ou prévues. Une cotisation spéciale connue est un élément central de la négociation : l’acheteur informé peut exiger que le vendeur l’assume, ou obtenir un ajustement du prix. Le notaire joue un rôle clé pour clarifier ces responsabilités dans l’acte de vente et éviter les mauvaises surprises.
Des montants parfois lourds
L’inquiétude que suscitent les cotisations spéciales tient à leur ampleur potentielle. Contrairement à une hausse de charges qui se compte en dizaines de dollars par mois, une cotisation spéciale peut représenter une somme considérable à débourser en une fois ou sur une courte période.
Le montant dépend de l’ampleur des travaux, de la taille de la copropriété et de la quote-part de l’unité. Pour des travaux majeurs touchant l’enveloppe ou la structure d’un immeuble, la facture totale peut atteindre des centaines de milliers de dollars, voire davantage, répartis entre les unités. La part d’un copropriétaire peut ainsi aller de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers de dollars selon les cas.
Une cotisation spéciale importante peut transformer un achat avantageux en mauvaise affaire, et peut même placer un copropriétaire en difficulté financière s’il n’a pas anticipé cette possibilité.
Cette ampleur potentielle est la raison pour laquelle la cotisation spéciale ne doit jamais être traitée comme un détail. Elle doit être intégrée dans l’évaluation du coût réel d’une propriété, au même titre que l’hypothèque, les taxes et les charges. Un condo dont le prix d’achat est attrayant mais qui cache une cotisation spéciale imminente n’est pas une aubaine.
Anticiper avant d’acheter
La meilleure protection contre une cotisation spéciale est de la détecter avant d’acheter. Or, comme les cotisations résultent de causes identifiables, elles laissent des traces dans les documents de la copropriété. Savoir où chercher transforme l’acheteur passif en acheteur averti.
Plusieurs documents et indices permettent d’anticiper le risque de cotisation spéciale :
- L’étude du fonds de prévoyance — Elle révèle les travaux majeurs à venir et indique si le fonds est suffisant pour les couvrir. Un écart signale un risque de cotisation.
- Les procès-verbaux — Ils mentionnent les travaux discutés ou votés, et parfois les cotisations déjà envisagées par le conseil ou l’assemblée.
- Les états financiers — Le solde du fonds de prévoyance, comparé aux besoins, montre la capacité de la copropriété à absorber les gros travaux.
- L’attestation du syndicat — Ce document officiel indique notamment les cotisations spéciales votées ou prévues.
- Le carnet d’entretien — Il documente l’état des composantes et leur durée de vie restante, révélant les remplacements imminents.
L’analyse croisée de ces documents permet de répondre à la question essentielle : cette copropriété risque-t-elle de m’imposer une cotisation spéciale à court ou moyen terme ? Une réponse positive ne disqualifie pas nécessairement l’achat, mais elle doit être intégrée dans la décision et la négociation.
Un fonds de prévoyance insuffisant face à une toiture ou une façade en fin de vie est le signal d’alarme classique d’une cotisation spéciale à venir.
Cette démarche d’anticipation s’inscrit dans l’examen plus large des documents de la copropriété, qui constitue, avec l’inspection préachat de l’unité, le socle d’un achat de condo éclairé. C’est aussi un facteur à peser dans le choix entre un condo et une maison, la maison n’ayant pas cette dimension collective.
Comment réduire le risque
Au-delà de l’anticipation lors de l’achat, il est utile de comprendre comment réduire le risque de cotisation spéciale, que l’on soit acheteur cherchant une copropriété saine ou copropriétaire souhaitant protéger l’avenir de son immeuble.
Pour l’acheteur, le meilleur moyen de réduire le risque est de privilégier une copropriété bien capitalisée et bien gérée. Une copropriété dont le fonds de prévoyance est adéquat, dont les charges sont réalistes et dont l’entretien est à jour présente un risque de cotisation spéciale nettement plus faible. Cela passe par l’analyse rigoureuse des documents évoquée plus haut.
Pour le copropriétaire déjà en place, plusieurs réflexes contribuent à prévenir les cotisations spéciales :
- Soutenir une contribution adéquate au fonds — Voter pour des charges réalistes plutôt que pour des charges artificiellement basses protège contre les mauvaises surprises futures.
- Veiller à l’entretien préventif — Un immeuble bien entretenu évite que de petits problèmes ne deviennent de coûteuses réparations d’urgence.
- S’appuyer sur l’étude du fonds — Planifier les travaux et le financement selon l’étude permet d’étaler les coûts plutôt que de les concentrer.
- Participer à la gouvernance — Être présent aux assemblées et soutenir une gestion prudente influence directement le risque.
On voit ici une tension récurrente en copropriété : payer un peu plus maintenant (charges réalistes, contribution adéquate au fonds) pour éviter de payer beaucoup d’un coup plus tard (cotisation spéciale). Une copropriété mature accepte cette logique de prévoyance, qui protège la valeur des unités et la tranquillité financière de tous.
Financer une cotisation spéciale
Malgré toutes les précautions, un copropriétaire peut se trouver confronté à une cotisation spéciale. Il est alors utile de connaître les options pour la financer, afin d’éviter que cette dépense ne devienne une crise.
La situation idéale est évidemment de disposer d’une épargne permettant d’absorber la dépense. C’est pourquoi prévoir une réserve, en tant que copropriétaire, est une sage précaution — la possibilité d’une cotisation spéciale faisant partie des réalités de la copropriété.
Lorsque l’épargne ne suffit pas, plusieurs avenues existent :
- Le paiement échelonné — Le syndicat permet parfois d’étaler le paiement sur plusieurs versements, allégeant l’impact immédiat.
- La marge de crédit hypothécaire — Pour un propriétaire ayant accumulé de la valeur nette, une marge de crédit hypothécaire peut financer la cotisation à un taux avantageux.
- Le financement par le syndicat — Dans certains cas, le syndicat lui-même emprunte pour financer les travaux, répartissant le remboursement sur les charges.
- Un prêt personnel — Une option de dernier recours, généralement plus coûteuse.
Le choix du mode de financement dépend de la situation de chacun, et il peut être utile d’en discuter avec un conseiller financier. L’essentiel est de ne pas être pris totalement au dépourvu : un copropriétaire qui a compris que la cotisation spéciale fait partie des risques de la copropriété, et qui a anticipé cette possibilité, traversera l’épreuve bien plus sereinement que celui qui la découvre sans préparation.
Cotisation spéciale et valeur de revente
Un aspect souvent négligé mérite d’être souligné : les cotisations spéciales, et plus largement la santé financière d’une copropriété, influencent la valeur de revente des unités. Comprendre ce lien aide à mesurer l’enjeu au-delà de la simple dépense immédiate.
Une copropriété qui multiplie les cotisations spéciales envoie un signal négatif au marché. Les acheteurs avertis, qui examinent les documents, repèrent ces appels de fonds récurrents et y voient le symptôme d’une gestion déficiente ou d’un sous-financement chronique. Cela peut refroidir l’intérêt, allonger les délais de vente, ou peser sur le prix.
À l’inverse, une copropriété bien capitalisée, qui évite les cotisations spéciales grâce à un fonds adéquat, rassure les acheteurs et protège la valeur de revente de toutes ses unités.
Ce lien crée un cercle vertueux ou vicieux selon le cas. Une bonne gestion financière protège la valeur, qui attire des acheteurs sérieux, ce qui maintient la qualité de la copropriété. Une mauvaise gestion, ponctuée de cotisations, dévalue les unités et complique les reventes. Pour le vendeur comme pour l’acheteur, la dimension financière d’une copropriété n’est donc jamais un simple détail comptable : elle touche directement au patrimoine. C’est aussi vrai pour qui compare l’achat d’une première propriété sous l’angle de la valeur à long terme, ou qui pèse le risque d’un vice caché susceptible de déclencher une cotisation.
La règle d’or à retenir sur les cotisations spéciales en copropriété au Québec : elles ne sont presque jamais le fruit du hasard, mais le symptôme d’un fonds de prévoyance sous-financé face à des travaux prévisibles. C’est une excellente nouvelle pour l’acheteur, car un risque prévisible est un risque que l’on peut détecter avant d’acheter. L’étude du fonds de prévoyance, les procès-verbaux, les états financiers et l’attestation du syndicat révèlent si une cotisation spéciale se profile — un fonds insuffisant face à une toiture ou une façade en fin de vie en est le signal classique. Méfiez-vous des charges anormalement basses : elles cachent souvent un sous-financement qui se rattrapera, plus tard et d’un coup, sous forme de cotisation. Lors d’une transaction, la question de qui paie (vendeur ou acheteur) dépend du moment du vote et doit être clarifiée dans l’acte par le notaire. Privilégier une copropriété bien capitalisée et bien gérée, intégrer ce risque dans le calcul du coût réel et la négociation, et prévoir une réserve : voilà comment transformer la hantise de la cotisation spéciale en risque maîtrisé.
Erreurs fréquentes
L’erreur la plus coûteuse consiste à ne pas anticiper le risque de cotisation spéciale avant d’acheter. Beaucoup d’acheteurs se concentrent sur le prix et l’unité, sans examiner les documents qui révèlent une cotisation imminente ou prévisible. Cette négligence peut transformer une apparente aubaine en mauvaise affaire dès la prise de possession.
Une autre erreur répandue est de se laisser séduire par des charges anormalement basses. Des charges attrayantes peuvent cacher un fonds de prévoyance sous-financé, ce qui signale précisément un risque élevé de cotisation spéciale future. Le coût n’a pas disparu : il est reporté et concentré dans le temps.
Sur le plan de la transaction, négliger de clarifier qui paie une cotisation votée ou prévue est une source fréquente de litiges. Lorsqu’une cotisation est connue, sa répartition entre vendeur et acheteur doit être explicitement réglée dans l’acte de vente, avec l’aide du notaire, pour éviter les mauvaises surprises.
Beaucoup de copropriétaires commettent aussi l’erreur de voter systématiquement pour des charges minimales. Maintenir des charges basses semble avantageux à court terme, mais sous-finance le fonds et prépare le terrain à une cotisation spéciale. Une contribution adéquate est un investissement dans la tranquillité financière future.
Enfin, ne pas prévoir de réserve financière en tant que copropriétaire est imprudent. La cotisation spéciale fait partie des réalités de la copropriété, et la possibilité d’un appel de fonds devrait être anticipée. Un copropriétaire préparé traverse l’épreuve sereinement ; celui qui la découvre sans réserve peut se trouver en réelle difficulté.
FAQ
Qu’est-ce qu’une cotisation spéciale en copropriété ?
C’est une contribution exceptionnelle et ponctuelle réclamée aux copropriétaires, en plus des charges régulières, pour financer une dépense importante que le budget courant et le fonds de prévoyance ne suffisent pas à couvrir — typiquement des travaux majeurs ou un imprévu urgent. Contrairement aux charges mensuelles prévisibles, elle tombe ponctuellement et peut représenter une somme importante à débourser rapidement, ce qui en fait l’une des principales craintes des copropriétaires.
Pourquoi une copropriété impose-t-elle une cotisation spéciale ?
Le plus souvent à cause d’un fonds de prévoyance sous-financé face à des travaux majeurs prévisibles (toiture, façade, ascenseurs), mais aussi en cas d’imprévu urgent (bris majeur, dégât d’eau), de sinistre mal couvert par l’assurance, de litige coûteux, ou plus généralement d’une mauvaise gestion ayant maintenu les charges trop basses. La plupart de ces causes reflètent un manque de planification ou de capitalisation, ce qui rend le risque largement prévisible.
Qui paie la cotisation spéciale, le vendeur ou l’acheteur ?
En règle générale, cela dépend du moment où la cotisation a été votée par rapport à la vente : une cotisation votée avant la vente incombe généralement au vendeur, une cotisation votée après la prise de possession incombe à l’acheteur. Mais c’est nuancé (une cotisation peut être votée avant et payable en versements après). Lorsqu’une cotisation est connue, sa répartition doit être clarifiée dans l’acte de vente avec l’aide du notaire, et elle peut faire l’objet d’une négociation.
Comment savoir si une cotisation spéciale est à venir avant d’acheter ?
En examinant les documents de la copropriété : l’étude du fonds de prévoyance (qui révèle les travaux à venir et l’adéquation du fonds), les procès-verbaux (qui mentionnent les travaux discutés ou votés), les états financiers (solde du fonds comparé aux besoins), l’attestation du syndicat (cotisations votées ou prévues) et le carnet d’entretien (état et durée de vie des composantes). Un fonds insuffisant face à une toiture ou une façade en fin de vie est le signal d’alarme classique.
Une cotisation spéciale peut-elle être importante ?
Oui, parfois très importante. Pour des travaux majeurs touchant l’enveloppe ou la structure d’un immeuble, la facture totale peut atteindre des centaines de milliers de dollars répartis entre les unités. La part d’un copropriétaire, calculée selon sa quote-part, peut aller de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers de dollars. Cette ampleur potentielle peut transformer un achat avantageux en mauvaise affaire et placer un copropriétaire non préparé en difficulté financière.
Peut-on refuser de payer une cotisation spéciale ?
Non, en règle générale. Un copropriétaire ne peut pas refuser de payer une cotisation spéciale régulièrement votée, même s’il était en désaccord avec la décision. Le non-paiement expose à des recours du syndicat, qui peut réclamer les sommes dues. C’est pourquoi il est important de participer aux assemblées où ces décisions se prennent : le copropriétaire absent subit la décision sans avoir pu l’influencer, mais demeure tenu de payer sa part.
Comment éviter les cotisations spéciales ?
Pour l’acheteur, en privilégiant une copropriété bien capitalisée (fonds de prévoyance adéquat), bien gérée et dont l’entretien est à jour, ce qui réduit nettement le risque. Pour le copropriétaire en place, en soutenant une contribution adéquate au fonds plutôt que des charges artificiellement basses, en veillant à l’entretien préventif, en planifiant selon l’étude du fonds et en participant à la gouvernance. La logique est de payer un peu plus régulièrement pour éviter de payer beaucoup d’un coup.
Comment financer une cotisation spéciale imprévue ?
Idéalement par une épargne prévue à cette fin, d’où l’intérêt de garder une réserve en tant que copropriétaire. Sinon, plusieurs options existent : le paiement échelonné parfois offert par le syndicat, une marge de crédit hypothécaire pour un propriétaire ayant de la valeur nette, un emprunt contracté par le syndicat lui-même (remboursé via les charges), ou en dernier recours un prêt personnel. Le choix dépend de la situation, et un conseiller financier peut aider à déterminer la meilleure approche.
Sources officielles
- Éducaloi — Information juridique
- Chambre des notaires du Québec
- Regroupement des gestionnaires et copropriétaires du Québec (RGCQ)
- Ministère de la Justice du Québec
- Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ)
- Office de la protection du consommateur du Québec
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique ou financier personnalisé. Les cotisations spéciales en copropriété, leurs modalités d’adoption, de répartition et de paiement, ainsi que la responsabilité du vendeur ou de l’acheteur lors d’une transaction, sont encadrées par le Code civil du Québec et la déclaration de copropriété propre à chaque immeuble, et dépendent de chaque situation. La répartition d’une cotisation lors d’une vente doit être clarifiée dans l’acte. Avant d’acheter un condo, l’examen des documents de la copropriété (étude du fonds de prévoyance, procès-verbaux, états financiers, attestation du syndicat) permet d’anticiper ce risque. La consultation d’un notaire et, au besoin, d’un conseiller financier est recommandée. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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