Mise de fonds pour un immeuble locatif au Québec : combien faut-il

La mise de fonds pour un immeuble locatif au Québec dépend de deux variables principales : le format de l’immeuble (duplex, triplex, quadruplex, 5+ logements) et votre statut (propriétaire occupant ou investisseur pur). Pour un duplex en propriétaire occupant, la mise de fonds minimale est de 5 % sur les premiers 500 000 $ et 10 % sur l’excédent — la plus accessible des options. Pour un triplex ou quadruplex en propriétaire occupant, la mise de fonds passe à 10 %, peu importe le prix. Pour un investisseur pur (qui n’habite aucun logement), la mise de fonds est de 20 % minimum dans tous les cas. Pour un immeuble de 5 logements ou plus, l’immeuble bascule en catégorie commerciale avec des règles différentes (15 % avec assurance SCHL multilogement, ou 25 % en conventionnel). Au-delà de la mise de fonds elle-même, prévoir 3 à 5 % du prix d’achat en frais accessoires (notaire, taxe de bienvenue, inspection, prime SCHL si applicable). Pour un triplex à 700 000 $ en propriétaire occupant, c’est environ 70 000 $ de mise de fonds + 25 000 à 30 000 $ de frais, soit près de 100 000 $ de liquidités totales nécessaires. Les sources admissibles incluent l’épargne personnelle, le RAP (60 000 $/personne), le CELIAPP (40 000 $/personne), les dons familiaux documentés et la cession d’actifs. La règle des 90 jours (les fonds doivent être dans votre compte depuis au moins 90 jours pour être considérés comme « vôtres ») s’applique strictement. Ce guide détaille toutes les options par format, les sources admissibles et les stratégies pour optimiser votre mise de fonds.

La mise de fonds est généralement le premier obstacle qui sépare un investisseur potentiel d’un investisseur effectif. Beaucoup de candidats à l’investissement locatif sous-estiment le montant total nécessaire — non seulement la mise de fonds elle-même, mais aussi tous les frais accessoires qui s’additionnent rapidement. Cet article donne les chiffres précis selon le format de plex visé et le statut, identifie les sources admissibles, et présente les stratégies légitimes pour optimiser ses liquidités d’investissement.

Sommaire

Les règles de mise de fonds selon le format et le statut

Les règles de mise de fonds pour les plex au Québec et au Canada sont définies par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et appliquées par les prêteurs sous réglementation fédérale. Elles dépendent de deux variables : le nombre de logements et l’occupation par le propriétaire.

Format Propriétaire occupant Investisseur pur Assurance SCHL disponible
Duplex 5 % (premiers 500 K$) + 10 % (excédent) 20 % minimum Oui — résidentiel
Triplex 10 % 20 % minimum Oui — résidentiel
Quadruplex 10 % 20 % minimum Oui — résidentiel
5 logements et plus 15 % (programme MLI Select SCHL) 15 % (MLI Select) ou 25 % (conventionnel) Multilogement (commercial)

La logique des règles SCHL

Plusieurs raisons expliquent ces seuils différenciés.

Le statut « propriétaire occupant » est privilégié parce que le risque de défaut est statistiquement plus faible — l’occupant a un fort intérêt personnel à maintenir le bâtiment et à payer son hypothèque, contrairement à un investisseur pur qui peut plus facilement abandonner un actif déficitaire.

Le duplex bénéficie d’une exception avec la règle des 5 % parce qu’il est juridiquement plus proche d’une résidence principale que d’un investissement (un seul logement loué, l’autre étant la résidence du propriétaire). Cette exception ne s’étend pas au triplex et au quadruplex.

La frontière à 5 logements est une bascule réglementaire majeure : l’immeuble est désormais classé commercial. La SCHL offre un programme spécialisé (MLI Select pour les nouveaux développements ou rénovations améliorant l’accessibilité, le développement durable ou l’abordabilité) qui peut permettre des mises de fonds aussi basses que 5 %, mais avec des conditions strictes. Pour les financements conventionnels (sans assurance), 25 % minimum est généralement requis. Pour le détail des avantages comparés du duplex, triplex et quadruplex, le guide sur le choix entre duplex, triplex et quadruplex au Québec approfondit chaque format.

Le coût de la mise de fonds inférieure : la prime SCHL

Une mise de fonds inférieure à 20 % nécessite une assurance prêt hypothécaire, dont la prime varie selon le ratio prêt-valeur (RPV) :

  • Mise de fonds 5 % à 9,99 % : prime SCHL de 4,00 % du montant emprunté
  • Mise de fonds 10 % à 14,99 % : prime de 3,10 %
  • Mise de fonds 15 % à 19,99 % : prime de 2,80 %

Pour un duplex à 600 000 $ avec 5 % de mise de fonds (30 000 $), le prêt est de 570 000 $ et la prime SCHL atteint 22 800 $, à laquelle s’ajoute la TVQ de 9,975 % à payer comptant : 2 274 $ à débourser dès la signature. La prime elle-même est ajoutée au capital emprunté et amortie sur la durée du prêt.

Pour un investisseur pur à 20 % de mise de fonds, aucune assurance SCHL n’est requise et donc aucune prime — simplification administrative et économie nette.

Calcul détaillé : ce qu’il faut vraiment épargner

Beaucoup d’investisseurs débutants pensent que « 10 % de mise de fonds = montant à épargner ». C’est une erreur classique. Voici le calcul réel pour différents scénarios.

Scénario 1 — Triplex à 700 000 $ en propriétaire occupant

Poste Montant
Mise de fonds (10 %) 70 000 $
Taxe de bienvenue (provincial) ~7 985 $
Frais de notaire 1 800 à 2 800 $
Inspection préachat (triplex) 850 à 1 250 $
Tests spécialisés possibles 500 à 1 500 $
Prime SCHL (3,10 % × 630 K$, ajoutée au prêt) 0 $ comptant (financée)
TVQ sur prime SCHL (à payer comptant) ~1 950 $
Évaluation professionnelle (parfois) 0 à 500 $
Ajustements (taxes, eau) 500 à 2 000 $
Réserve d’urgence recommandée (3-6 mois) 15 000 à 25 000 $
Total liquidités requises ~98 000 à 112 000 $

La mise de fonds nominale (70 000 $) ne représente que 62 à 71 % du montant total à avoir en banque pour réaliser le projet. Les frais accessoires + la réserve représentent près de 30 000 à 40 000 $ supplémentaires à anticiper.

Scénario 2 — Duplex à 600 000 $ en propriétaire occupant

  • Mise de fonds (5 % × 500 K + 10 % × 100 K) : 35 000 $
  • Taxe de bienvenue : ~6 360 $
  • Notaire + inspection + tests : ~3 500 $
  • TVQ sur prime SCHL (4 % × 565 K = 22 600 $ × 9,975 %) : 2 254 $
  • Réserve d’urgence : 12 000 à 18 000 $
  • Total liquidités : ~60 000 à 65 000 $

Scénario 3 — Triplex à 700 000 $ en investisseur pur

  • Mise de fonds (20 %) : 140 000 $
  • Taxe de bienvenue : 7 985 $
  • Frais accessoires (notaire, inspection, tests) : 4 000 à 6 000 $
  • Aucune prime SCHL ni TVQ
  • Réserve d’urgence (plus importante en investisseur pur, 6-12 mois) : 20 000 à 35 000 $
  • Total liquidités : ~170 000 à 190 000 $

L’écart entre propriétaire occupant et investisseur pur, pour le même triplex, atteint donc environ 80 000 $ — un argument décisif pour beaucoup de premiers investisseurs qui choisissent la stratégie occupant.

Sources admissibles de mise de fonds

Les prêteurs et la SCHL acceptent plusieurs sources pour la mise de fonds, à condition qu’elles soient documentées et conformes aux règles.

1. Épargne personnelle

La source la plus simple. Vos comptes bancaires, comptes d’épargne, certificats de placement garanti, comptes-chèques. Documentation requise : relevés bancaires des 90 derniers jours de tous les comptes utilisés.

2. Régime d’accession à la propriété (RAP)

Le RAP permet de retirer jusqu’à 60 000 $ par personne de votre REER (donc 120 000 $ pour un couple) sans impôt à la source, à condition d’utiliser ces fonds pour l’achat d’une première propriété qui sera votre résidence principale.

Implication pour un plex : le RAP est admissible pour un plex en propriétaire occupant, car vous y habiterez. Il n’est pas admissible pour un investisseur pur. Le retrait doit être remboursé sur 15 ans (4 000 $ par année par tranche de 60 000 $ retirée), à défaut de quoi il devient imposable.

3. CELIAPP (compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété)

Lancé en 2023, le CELIAPP permet de cotiser 8 000 $ par année jusqu’à un maximum de 40 000 $ à vie. Les cotisations sont déductibles d’impôt comme un REER, et les retraits pour acheter une première propriété sont entièrement libres d’impôt — sans obligation de remboursement, contrairement au RAP.

Le CELIAPP est cumulable avec le RAP pour le même achat. Pour un couple primo-acheteur en plex, c’est jusqu’à 200 000 $ de mise de fonds disponible (60 K RAP + 40 K CELIAPP × 2 personnes).

Pour comprendre comment maximiser ces deux régimes pour un premier achat, le guide sur la mise de fonds au Canada détaille toutes les règles d’admissibilité.

4. Don familial documenté

Un don d’un membre de la famille immédiate (parents, grands-parents, conjoint, enfants adultes) est une source admissible. Conditions :

  • Le donateur doit être un parent immédiat (les frères, sœurs, oncles, tantes ne sont généralement pas acceptés)
  • Une lettre de don signée doit confirmer qu’il s’agit d’un don sans obligation de remboursement
  • Le transfert bancaire doit être documenté
  • Idéalement, le don doit être déposé dans votre compte au moins 90 jours avant la signature

5. Cession d’actifs

Vente d’une propriété précédente, d’un véhicule, de placements non REER, ou de tout autre actif. Documentation : contrats de vente, relevés de placement, preuves de transfert bancaire.

6. Programmes provinciaux et municipaux

Au Québec, certaines villes offrent des programmes d’aide à la mise de fonds pour les premiers acheteurs (montants variables, conditions strictes, généralement pour résidences principales seulement). À vérifier auprès de votre municipalité.

Sources non admissibles ou restreintes

Plusieurs sources de fonds ne sont pas acceptées pour la mise de fonds, ou seulement avec des restrictions importantes.

Prêt personnel non garanti. Une mise de fonds entièrement empruntée n’est pas acceptée pour les prêts hypothécaires assurés SCHL. Pour les prêts conventionnels (mise de fonds 20 %+), certains prêteurs acceptent une portion empruntée mais avec des conditions strictes.

Carte de crédit ou marge de crédit non garantie. Non admissible pour la mise de fonds en raison du risque accru et du coût d’emprunt élevé.

Argent comptant non documenté. Tout dépôt important inhabituel dans votre compte doit être documenté (don familial, vente d’actif). Une accumulation de petits dépôts en argent comptant éveille les soupçons des prêteurs et de la SCHL en matière de prévention du blanchiment d’argent.

Don d’un proche non immédiat. Un don d’un cousin, d’un ami, d’un beau-frère est rarement accepté.

Avances sur héritage. Possibles dans certains cas, mais demandent une documentation juridique précise (acte notarié, jugement homologué). Compliqué administrativement.

Bitcoin et cryptomonnaies. La plupart des prêteurs n’acceptent pas la cryptomonnaie comme source directe. Vous devez d’abord les liquider en monnaie fiduciaire et déposer le produit dans votre compte au moins 90 jours avant la demande, avec preuve de la conversion.

Optimiser sa mise de fonds : RAP, CELIAPP, don familial

Voici les stratégies les plus efficaces pour accumuler la mise de fonds nécessaire à un premier immeuble locatif.

Maximiser le CELIAPP dès l’ouverture

Si vous prévoyez acheter dans 3-5 ans, ouvrir un CELIAPP rapidement et le maximiser à 8 000 $/an est l’une des stratégies les plus efficaces. Sur 5 ans, vous pouvez accumuler 40 000 $ de cotisations + le rendement, le tout déductible d’impôt et libre d’impôt à la sortie. Pour un couple, c’est 80 000 $ de cotisations totales.

Combiner RAP et CELIAPP

Pour un primo-acheteur, l’optimum est généralement :

  • Cotiser au CELIAPP en priorité (8 000 $/an, déductible et libre d’impôt à la sortie)
  • Cotiser au REER pour profiter d’une déduction immédiate, puis utiliser le RAP au moment de l’achat
  • Cumuler les deux retraits au moment de la signature : jusqu’à 100 000 $ par personne disponibles pour la mise de fonds

Stratégie « cycle d’investissement » avec RAP

Le RAP est limité à un seul achat à vie pour la même résidence (vous ne pouvez plus l’utiliser tant que le RAP précédent n’est pas remboursé en totalité). Mais une fois remboursé, vous pouvez le réutiliser. Stratégie longue : utiliser le RAP pour un premier plex en propriétaire occupant, occuper pendant 5-10 ans en remboursant le RAP, puis l’utiliser à nouveau pour un plex plus grand.

Le don familial accéléré

Si un parent envisage de vous léguer une partie de son patrimoine à son décès, lui suggérer un don anticipé peut être avantageux pour les deux parties. Le parent voit son enfant établi de son vivant, et l’enfant peut investir et faire fructifier le capital plus tôt. Le don n’est pas imposable au Canada — seuls les revenus générés ensuite par le bénéficiaire le sont. Un fiscaliste peut conseiller sur la structuration optimale.

La règle des 90 jours

Une règle critique souvent mal comprise : tous les fonds utilisés pour la mise de fonds doivent être présents dans vos comptes depuis au moins 90 jours avant la signature de l’acte de vente.

L’objectif

Cette règle vise à empêcher les emprunteurs de constituer artificiellement une mise de fonds en empruntant à la dernière minute (par exemple, transfert de la marge de crédit vers le compte courant juste avant l’achat). Elle permet aussi de prévenir le blanchiment d’argent en exigeant la traçabilité des fonds.

Implications pratiques

  • Si vous prévoyez acheter, ne déplacez pas vos économies pendant les 3 mois précédents. Tout transfert important doit être documenté avec sa source.
  • Si vous recevez un don familial, le faire transférer au moins 90 jours avant la signature, avec lettre de don datée.
  • Si vous comptez utiliser le RAP ou le CELIAPP, les retraits sont possibles tardivement (juste avant la signature), mais les fonds dans le REER ou CELIAPP doivent y être depuis au moins 90 jours.
  • Si vous vendez un actif (voiture, placements, autre propriété), le faire au moins 90 jours avant — le contrat de vente sert de documentation.

La preuve se fait par les relevés bancaires des 90 derniers jours de tous les comptes, plus les documents justificatifs des dépôts importants.

Stratégies d’effet de levier pour bâtir un portefeuille

Pour les investisseurs qui visent un portefeuille de plusieurs immeubles, plusieurs stratégies permettent de maximiser l’effet de levier.

Stratégie 1 — Le « propriétaire occupant en cascade »

Acheter un premier plex en propriétaire occupant (mise de fonds 5-10 %), y habiter au moins 12 mois pour respecter les conditions SCHL, puis déménager dans un deuxième plex également en propriétaire occupant. Le premier plex devient alors un investissement pur, mais financé initialement avec une mise de fonds réduite.

Cette stratégie permet d’acquérir 2-3 immeubles avec des mises de fonds totales nettement inférieures à ce qu’il aurait fallu en investisseur pur dès le départ. Attention : la SCHL et les prêteurs vérifient l’intention réelle d’occupation au moment de l’achat — déclarer une intention fausse peut être considéré comme une fraude.

Stratégie 2 — Le refinancement pour libérer de l’équité

Une fois que votre premier immeuble s’apprécie ou que vous avez remboursé une portion du capital, vous pouvez le refinancer pour récupérer une partie de l’équité. Un refinancement permet généralement d’emprunter jusqu’à 80 % de la valeur actuelle (ou 65 % pour la portion HELOC). Les fonds libérés peuvent servir de mise de fonds pour le prochain immeuble.

Exemple : un duplex acheté 500 000 $ avec 25 000 $ de mise de fonds, vaut 7 ans plus tard 700 000 $ avec un solde hypothécaire de 420 000 $. Refinancer à 80 % = 560 000 $ de prêt possible, ce qui libère 140 000 $ de capital pour la prochaine acquisition.

Stratégie 3 — Le « BRRRR » canadien

Inspirée du modèle américain, la stratégie BRRRR (Buy, Renovate, Rent, Refinance, Repeat) consiste à acheter un immeuble sous-évalué nécessitant des rénovations, le rénover, le louer aux loyers du marché, le refaire évaluer puis le refinancer pour récupérer une grande partie des liquidités investies, et recommencer. Stratégie sophistiquée qui demande de l’expérience en évaluation, en rénovation et en gestion.

Pour un premier investissement, ces stratégies sont rarement appropriées — il vaut mieux maîtriser la base avec un seul immeuble avant de se lancer dans des structures plus complexes. Pour comprendre comment évaluer le rendement d’un immeuble dans une telle stratégie, le guide pour calculer le cashflow d’un immeuble locatif au Québec donne le cadre méthodologique.

Le HELOC pour financer un deuxième achat

La marge de crédit hypothécaire (HELOC — Home Equity Line of Credit) est un outil populaire pour les investisseurs qui possèdent déjà une propriété.

Comment ça fonctionne

Si vous avez accumulé de l’équité dans votre résidence principale ou un immeuble existant, vous pouvez obtenir une marge de crédit hypothécaire jusqu’à 65 % de la valeur de la propriété (et jusqu’à 80 % en combinant prêt hypothécaire + HELOC). Les fonds prélevés sur la HELOC peuvent servir de mise de fonds pour un deuxième immeuble.

Avantages

  • Accès rapide à de l’équité accumulée sans vendre la propriété
  • Intérêts seulement sur le solde utilisé (pas de coût quand vous n’utilisez pas)
  • Les intérêts payés sur le HELOC servant à un investissement productif sont déductibles d’impôt
  • Flexibilité — utiliser et rembourser sans pénalité

Inconvénients et risques

  • Le HELOC est garanti par votre propriété — défaut de paiement = saisie possible
  • Le taux est variable et peut fluctuer (généralement taux préférentiel + 0,5 % à 1 %)
  • L’effet de levier amplifie autant les gains que les pertes — risqué en cas de baisse du marché
  • L’utilisation du HELOC pour la mise de fonds peut affecter votre qualification chez les prêteurs (ils tiennent compte de la dette potentielle même non utilisée)

Stratégie réservée aux investisseurs ayant déjà une expérience et une situation financière solide.

Cas particulier : achat à plusieurs (co-investisseurs)

Acheter un plex à plusieurs (avec un conjoint, des amis, des associés) est une stratégie de plus en plus populaire pour réduire la mise de fonds individuelle requise.

Avantages

  • Division de la mise de fonds requise entre plusieurs personnes
  • Cumul des revenus admissibles pour augmenter la capacité d’emprunt
  • Partage des risques et de la gestion
  • Possibilité d’accéder à des immeubles plus grands et mieux situés

Inconvénients et complications

  • Toutes les décisions doivent être prises en commun (entretien, ventes, refinancement)
  • Les conflits entre co-propriétaires peuvent être destructeurs
  • La sortie d’un co-propriétaire est complexe (rachat de parts, refinancement)
  • Tous les co-emprunteurs sont solidairement responsables du prêt
  • L’incidence fiscale peut être complexe (chaque copropriétaire déclare sa part)

Précautions essentielles

Si vous achetez à plusieurs, faire impérativement rédiger une convention d’indivision par un notaire ou avocat. Cette convention couvre :

  • Les parts de chacun et leur évolution dans le temps
  • Les règles de prise de décision (majorité simple, qualifiée, unanime selon les sujets)
  • Les modalités de sortie (rachat de parts, vente, etc.)
  • La répartition des charges et revenus
  • La gestion en cas de conflit, divorce, décès

Ne jamais acheter à plusieurs sans convention écrite — les litiges en copropriété indivise sont parmi les plus longs et coûteux en droit immobilier.

Erreurs fréquentes

  1. Calculer seulement la mise de fonds, pas les frais totaux. Les frais accessoires représentent 3 à 5 % du prix d’achat — incontournables et non finançables par l’hypothèque.
  2. Oublier la TVQ sur la prime SCHL. Pour une mise de fonds inférieure à 20 %, la TVQ sur la prime doit être payée comptant à la signature. Surprise désagréable de plusieurs milliers de dollars.
  3. Ignorer la règle des 90 jours. Transférer des fonds à la dernière minute peut faire échouer le financement. Anticiper.
  4. Ne pas avoir de réserve d’urgence après l’achat. Vider ses liquidités pour la mise de fonds est risqué — une vacance, un imprévu, ou une hausse de taux peut alors créer une crise. Garder 3-6 mois de réserve minimum après l’achat.
  5. Surestimer la capacité du RAP/CELIAPP pour un investisseur pur. Ces régimes ne fonctionnent que pour une résidence principale, donc seulement avec la stratégie « propriétaire occupant ».
  6. Ne pas vérifier la documentation requise des sources de fonds. Un don non documenté avec lettre signée peut être refusé par le prêteur, retardant ou compromettant l’achat.
  7. Sous-estimer la mise de fonds pour un investisseur pur. 20 % sur un plex de 700 000 $ = 140 000 $. Sur un plex de 900 000 $ = 180 000 $. Les chiffres deviennent rapidement importants.
  8. Acheter à plusieurs sans convention notariée. Les conflits qui en découlent peuvent transformer un investissement rentable en cauchemar juridique.

FAQ — Questions fréquentes sur la mise de fonds pour un immeuble locatif

Puis-je utiliser la valeur de ma résidence principale comme mise de fonds pour un plex ?
Pas directement — la valeur d’une propriété n’est pas une « mise de fonds » au sens des prêteurs. Mais vous pouvez refinancer votre résidence principale ou souscrire un HELOC pour libérer de l’équité, puis utiliser ces fonds en mise de fonds pour le plex. La SCHL et certains prêteurs n’aiment pas que la mise de fonds soit entièrement empruntée — vérifier les politiques exactes avec votre courtier hypothécaire.

Combien de temps faut-il habiter un plex en propriétaire occupant ?
La SCHL exige une intention réelle d’occupation comme résidence principale, sans durée légale précise. La pratique généralement acceptée est au moins 12 mois. Quitter trop rapidement peut être interprété comme une fraude à l’assurance prêt si l’intention initiale était fausse. Pour les achats SCHL, mieux vaut prévoir au moins 1 an d’occupation effective.

Puis-je acheter un quadruplex en propriétaire occupant comme premier achat ?
Oui, c’est possible. La règle des 10 % de mise de fonds pour propriétaire occupant s’applique aux duplex, triplex et quadruplex. Cependant, un quadruplex demande plus d’expérience de gestion qu’un duplex ou triplex (3 locataires à gérer simultanément). Pour un premier investissement, beaucoup de courtiers conseillent plutôt le triplex comme bon compromis.

La mise de fonds peut-elle venir d’une vente d’actions ou de cryptomonnaies ?
Oui pour les actions et placements traditionnels (relevés de compte + preuves de vente). Pour les cryptomonnaies, c’est plus compliqué : la plupart des prêteurs exigent que vous les ayez liquidées en monnaie fiduciaire dans votre compte au moins 90 jours avant la demande, avec documentation complète de la conversion.

Peut-on emprunter une partie de la mise de fonds ?
Pour les hypothèques assurées SCHL (mise de fonds < 20 %), non — la mise de fonds doit être de votre poche. Pour les hypothèques conventionnelles (20 %+), certains prêteurs acceptent que la mise de fonds vienne en partie d’un emprunt, mais avec des conditions strictes. Le coût d’emprunt pour la mise de fonds (intérêts) doit aussi être pris en compte dans votre capacité d’emprunt globale.

Le RAP fonctionne-t-il pour un investisseur pur ?
Non. Le RAP est strictement réservé à l’achat d’une résidence principale. Pour un investisseur pur (qui n’habite aucun logement de l’immeuble), le RAP ne peut pas être utilisé. Seul le propriétaire occupant peut en bénéficier pour son plex.

Y a-t-il des programmes spéciaux pour primo-investisseurs ?
La SCHL a élargi son programme MLI Select pour les multilogements en 2024-2025, qui permet des mises de fonds plus basses pour les développeurs réalisant des projets favorisant l’accessibilité, le développement durable ou l’abordabilité. Pour les petits investisseurs en plex résidentiels (2-4 logements), les règles standard restent en vigueur sans programme spécifique.

Quelle réserve d’urgence faut-il garder après l’achat ?
La règle d’or chez les investisseurs expérimentés est 3 à 6 mois de paiements hypothécaires + dépenses en réserve. Pour un triplex avec 3 000 $/mois en paiements et frais, cela représente 9 000 à 18 000 $ minimum. Pour un investisseur pur en climat économique incertain, prévoir plutôt 6 à 12 mois (18 000 à 36 000 $).

Sources officielles


Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil financier ou hypothécaire personnalisé. Les pourcentages, taux et règles mentionnés proviennent de sources officielles ou de pratiques de marché au moment de la rédaction et peuvent évoluer. Les politiques internes de chaque prêteur varient et peuvent être plus restrictives que les minimums SCHL. Pour vérifier votre admissibilité et explorer les meilleures options de mise de fonds pour votre situation, nous recommandons de consulter un courtier hypothécaire autorisé par l’AMF qui connaît les particularités du financement multilogement. Pour les implications fiscales du choix entre RAP et CELIAPP, consulter un comptable professionnel agréé. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.