Depuis le 21 août 2024, la Loi 31 permet à tout propriétaire d’une maison unifamiliale au Québec d’ajouter un logement accessoire « de plein droit » — même si le règlement de zonage municipal l’interdisait jusque-là. Mais cette autorisation exceptionnelle, valide jusqu’au 21 août 2029 seulement, comporte des conditions précises, et chaque municipalité conserve le pouvoir de s’y soustraire en tout ou en partie sur son territoire.
La garçonnière — ou logement accessoire — séduit de plus en plus de propriétaires québécois qui veulent tirer un revenu locatif d’un sous-sol, d’un garage ou d’une aile inoccupée de leur résidence, sans devoir acheter un plex. Mais contrairement à la maison intergénérationnelle réservée aux proches, ce logement peut être loué à n’importe quel locataire, ce qui change complètement le cadre réglementaire applicable. Voici comment s’y retrouver entre la nouvelle autorisation provinciale temporaire, le régime général de zonage municipal, les normes de construction et le financement du projet.
Sommaire
- Qu’est-ce qu’un logement accessoire (garçonnière) au Québec
- La Loi 31 et l’autorisation « de plein droit » (2024-2029)
- Quand le régime général de zonage municipal s’applique encore
- Normes de construction et sécurité incendie
- Le permis municipal : démarche étape par étape
- Financer le projet : refinancement, HELOC et nouvelles règles fédérales
- L’impact sur l’évaluation municipale et l’assurance habitation
- Déclarer le revenu locatif : obligations fiscales
- Logement accessoire ou plex formel : bien choisir sa structure
- Erreurs fréquentes
- Foire aux questions
Qu’est-ce qu’un logement accessoire (garçonnière) au Québec
Un logement accessoire — souvent appelé « garçonnière » dans le langage courant, même si le terme désigne à l’origine un petit logement d’une pièce — est un second logement autonome (cuisine, salle de bain et aire de vie complètes) aménagé à l’intérieur d’une résidence unifamiliale ou dans un bâtiment attenant, comme une annexe ou un garage transformé. Ce qui le distingue fondamentalement de la maison intergénérationnelle, c’est l’ouverture à la location : un logement accessoire peut être loué à n’importe quel locataire sur le marché, alors qu’une maison intergénérationnelle doit demeurer occupée exclusivement par un proche ayant un lien de parenté ou d’alliance avec le propriétaire.
Cette distinction n’est pas qu’un détail sémantique : elle détermine quel régime réglementaire s’applique. Un logement occupé par un enfant ou un parent bénéficie souvent d’un encadrement municipal plus souple précisément parce que l’usage reste familial; un logement ouvert à la location commerciale doit répondre à des règles généralement plus contraignantes, qu’il s’agisse du zonage, des normes de construction ou de l’assurance.
La Loi 31 et l’autorisation « de plein droit » (2024-2029)
Adoptée en 2024 (chapitre 2 des lois de 2024) pour contribuer à résorber la crise du logement, la Loi 31 a introduit dans la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme une mesure exceptionnelle et temporaire : du 21 août 2024 au 21 août 2029, un propriétaire peut ajouter un logement accessoire à sa résidence même si le règlement de zonage municipal l’interdit, à condition de respecter simultanément plusieurs critères.
Le bâtiment principal doit être une maison unifamiliale isolée, le terrain doit se situer à l’intérieur du périmètre d’urbanisation de la municipalité, et la propriété ne doit pas se trouver dans une zone de contrainte reconnue (zone inondable, secteur à risque de mouvement de terrain, etc.). Le logement accessoire visé par ce droit doit en outre être attenant ou aménagé à l’intérieur du bâtiment principal — une agrandissement, un sous-sol ou un garage intégré, par exemple — ce qui exclut d’emblée les unités complètement détachées comme une maison-jardin autonome au fond du terrain.
Fait important : la Loi 31 ne force aucune municipalité à subir cette mesure. Chaque ville peut adopter un règlement pour soustraire une partie ou la totalité de son territoire à l’application du droit de plein droit, généralement dans les secteurs qu’elle juge incompatibles avec une densification résidentielle (zones patrimoniales, secteurs à infrastructures limitées, etc.). Avant de vous fier à cette autorisation provinciale, il faut donc vérifier auprès du service d’urbanisme de votre municipalité si elle s’est prévalue de ce pouvoir de retrait.
Quand le régime général de zonage municipal s’applique encore
En dehors des conditions strictes de la Loi 31 — logement détaché, terrain hors périmètre d’urbanisation, municipalité qui s’est soustraite au droit temporaire, ou tout simplement projet entrepris après le 21 août 2029 — c’est le règlement de zonage municipal ordinaire qui détermine si un logement accessoire est permis. Depuis l’adoption de la Loi 16 en 2023, les municipalités disposent déjà d’un pouvoir élargi pour autoriser tous les types de logements accessoires, y compris les unités détachées, sans devoir réviser leur schéma d’aménagement régional au préalable — ce qui accélère considérablement le processus par rapport à l’ancien cadre.
Le résultat concret est un patchwork réglementaire d’une municipalité à l’autre : certaines, comme Dunham, ont modifié leur règlement en février 2025 pour permettre à la fois les logements accessoires attenants et détachés; d’autres, comme Mont-Saint-Hilaire, ont ajusté leurs règles après avoir constaté qu’un grand nombre de propriétaires avaient déjà aménagé de tels logements malgré une interdiction antérieure.
Les conditions les plus fréquemment imposées par les municipalités qui autorisent le logement accessoire dans leur règlement général incluent une superficie maximale (souvent de l’ordre de 70 à 80 mètres carrés, ou un pourcentage — fréquemment 50 % — de la superficie du logement principal), une hauteur qui ne dépasse pas celle du bâtiment principal, un seul raccordement aux services d’aqueduc et d’égout pour l’ensemble du bâtiment, l’interdiction de subdiviser le lot, une exigence d’harmonisation architecturale avec la résidence principale, et souvent l’obligation que le propriétaire occupe lui-même l’un des deux logements. Ces critères varient toutefois significativement d’une ville à l’autre, d’où l’importance de consulter le règlement applicable avant tout projet.
| Aspect | Plein droit (Loi 31, 2024-2029) | Régime général municipal |
|---|---|---|
| Zonage local défavorable | Peut être contourné, sauf soustraction municipale | Bloquant tant que le règlement n’est pas modifié |
| Type de logement admissible | Attenant ou intérieur seulement | Attenant, intérieur ou détaché, selon la ville |
| Localisation exigée | Périmètre d’urbanisation, hors zone de contrainte | Selon les zones prévues au règlement |
| Durée de la mesure | Jusqu’au 21 août 2029 | Permanente (tant que le règlement n’est pas abrogé) |
| Permis municipal requis | Oui, dans tous les cas | Oui, dans tous les cas |
Normes de construction et sécurité incendie
Qu’il soit autorisé de plein droit ou par le règlement municipal général, un logement accessoire doit respecter le Code de construction du Québec, chapitre Bâtiment, administré par la Régie du bâtiment du Québec (RBQ). Les exigences les plus fréquemment en cause sont la séparation coupe-feu entre le logement principal et le logement accessoire, des moyens d’évacuation indépendants pour chacun des logements, ainsi que des avertisseurs de fumée et de monoxyde de carbone interconnectés entre les deux unités.
Selon l’ampleur des travaux, la municipalité peut exiger des plans signés par un architecte ou un ingénieur, en particulier lorsque des éléments structuraux sont touchés (ouverture dans une fondation, ajout de charge, agrandissement). Faire appel à un entrepreneur en rénovation déjà familier avec ce type de conversion réduit sensiblement le risque de non-conformité découverte après coup, que le projet consiste à finir un sous-sol existant ou à réaliser un véritable agrandissement pour loger la nouvelle unité.
Le permis municipal : démarche étape par étape
La première étape consiste à confirmer auprès du service d’urbanisme si votre projet est admissible au droit de plein droit de la Loi 31 ou s’il doit plutôt se conformer au règlement général de zonage — et, dans ce dernier cas, si ce règlement autorise effectivement le type de logement accessoire envisagé dans votre zone. Vient ensuite le dépôt d’une demande de permis de construction ou de rénovation, généralement accompagnée de plans, d’une description des travaux et, selon l’ampleur du projet, de plans signés par un professionnel.
Si le projet ne respecte pas exactement une norme du règlement général (par exemple une implantation trop rapprochée de la limite de terrain), une demande de dérogation mineure peut être déposée, mais elle n’est jamais garantie et allonge les délais. Une fois le permis obtenu, des inspections municipales en cours et en fin de travaux valident généralement la conformité avant que le logement puisse être légalement occupé et loué.
Financer le projet : refinancement, HELOC et nouvelles règles fédérales
Le coût d’aménagement d’un logement accessoire varie fortement selon qu’il s’agit de finir un espace existant ou de construire une annexe complète, mais dépasse fréquemment plusieurs dizaines de milliers de dollars une fois la mise aux normes électrique, la plomberie et la séparation coupe-feu incluses. Trois avenues de financement reviennent le plus souvent : le refinancement hypothécaire pour puiser dans l’équité déjà accumulée, la marge de crédit hypothécaire (HELOC) pour étaler les déboursés au fil des travaux, ou un prêt rénovation distinct.
Depuis le 15 janvier 2025, le ministère des Finances du Canada a assoupli les règles d’assurance prêt hypothécaire spécifiquement pour favoriser l’ajout de logements accessoires : un propriétaire qui occupe déjà la propriété (ou dont un proche parent l’occupe) peut désormais refinancer jusqu’à 90 % de la valeur de la propriété améliorée, incluant la plus-value générée par le nouveau logement, pourvu que la valeur totale de la propriété demeure sous les 2 millions de dollars. Le programme exige toutefois que le logement accessoire soit autonome, qu’il ne serve jamais à de la location à court terme, que l’ensemble du bâtiment ne dépasse pas quatre logements au total, et que l’amortissement ne dépasse pas 30 ans. Cette mesure vise notamment à créer un revenu d’appoint pour des propriétaires âgés qui souhaitent vieillir chez eux, un objectif qui recoupe par ailleurs les programmes d’adaptation de domicile pour aînés déjà offerts au Québec, bien que ces deux mesures répondent à des besoins distincts et ne se substituent pas l’une à l’autre.
L’impact sur l’évaluation municipale et l’assurance habitation
L’ajout d’un logement accessoire augmente presque toujours la valeur portée au rôle d’évaluation municipale, puisque la superficie habitable additionnelle et les nouveaux éléments (cuisine, salle de bain complète) sont intégrés à l’estimation de la valeur marchande de la propriété. Cette hausse se traduit par une augmentation des taxes municipales et scolaires, généralement effective au prochain dépôt du rôle triennal ou lors d’une modification en cours d’exercice si les travaux sont déclarés à la municipalité.
Il faut également ajuster la police d’assurance habitation pour refléter la présence d’un logement loué à un tiers : la plupart des assureurs exigent d’être avisés d’un usage locatif, faute de quoi une réclamation future pourrait être réduite ou refusée. Une propriété sous-assurée après travaux expose aussi le propriétaire à un risque financier important en cas de sinistre touchant le logement accessoire.
Déclarer le revenu locatif : obligations fiscales
Le revenu tiré de la location d’un logement accessoire doit être déclaré, que le montant perçu soit modeste ou substantiel. Revenu Québec exige que le contribuable joigne à sa déclaration le formulaire TP-128 (Revenus et dépenses de location d’un bien immeuble) ou un état détaillé de ses revenus et dépenses de location, distinct pour chaque immeuble générant un tel revenu. Le guide sur la fiscalité des revenus locatifs au Québec détaille le traitement complet de ce revenu, tandis que celui sur les dépenses déductibles du revenu locatif couvre les frais qui peuvent réduire le revenu net imposable (intérêts hypothécaires proportionnels, taxes foncières, assurance, entretien, une partie des rénovations selon leur nature).
Contrairement à une croyance répandue, le fait de louer une seule pièce ou un petit logement accessoire dans sa résidence principale ne dispense pas de cette obligation de déclaration, même si le logement principal conserve par ailleurs son statut de résidence principale aux fins de l’exonération du gain en capital à la revente.
Logement accessoire ou plex formel : bien choisir sa structure
Certains propriétaires envisagent d’emblée de transformer leur maison unifamiliale en duplex plutôt que d’ajouter un simple logement accessoire. La différence est significative : un duplex reconnu comme tel au rôle d’évaluation constitue une catégorie d’usage distincte, généralement sans exigence que le propriétaire y habite, mais soumis à des normes de zonage et de stationnement souvent plus strictes qu’un logement accessoire, et à un traitement d’assurance prêt hypothécaire différent une fois que la propriété compte deux logements pleinement indépendants aux yeux de la municipalité.
Le logement accessoire, à l’inverse, reste juridiquement rattaché à l’usage unifamilial du bâtiment : il permet généralement une conversion plus rapide et moins coûteuse, mais impose en retour des limites de superficie et, souvent, l’obligation que le propriétaire occupe l’un des deux logements — une contrainte qui disparaît avec un vrai plex. Le choix dépend donc largement de l’objectif : revenu d’appoint ponctuel avec un logement accessoire, ou véritable stratégie d’investissement locatif avec un plex à part entière.
Erreurs fréquentes
La première erreur, très répandue, est de présumer que le droit de plein droit de la Loi 31 s’applique automatiquement sans vérifier si la municipalité s’est soustraite à cette mesure ou si le projet respecte réellement toutes les conditions (maison unifamiliale isolée, périmètre d’urbanisation, logement attenant ou intérieur seulement). Un projet entamé sur cette seule présomption peut être jugé non conforme après coup.
La deuxième erreur est de confondre logement accessoire locatif et logement intergénérationnel. Un logement autorisé uniquement pour un proche ne peut pas être loué à un tiers étranger à la famille sans une nouvelle vérification de conformité, parfois même une modification de l’usage reconnu au bâtiment.
La troisième erreur est de sous-estimer le coût de la mise aux normes de sécurité incendie, en particulier la séparation coupe-feu entre les deux logements, qui représente souvent une portion importante et imprévue du budget dans un bâtiment qui n’a pas été conçu à l’origine pour deux logements distincts.
La quatrième erreur est de négliger les conditions du nouveau programme fédéral de refinancement — plafond de quatre logements au total, interdiction de location à court terme, exigence d’autonomie complète du logement — avant de bâtir tout un plan de financement sur cette seule option, alors qu’elle ne convient pas à tous les projets.
La cinquième erreur est d’omettre de déclarer les travaux à l’assureur habitation et à l’évaluateur municipal. Au-delà du risque de sous-assurance en cas de sinistre, une superficie habitable non déclarée ou un logement loué à l’insu de l’assureur peut aussi compliquer une revente future si l’écart est constaté lors d’une inspection préachat.
Foire aux questions
Ai-je le droit d’ajouter une garçonnière dans ma maison même si mon règlement de zonage l’interdit actuellement?
Possiblement, grâce à l’autorisation « de plein droit » de la Loi 31, en vigueur du 21 août 2024 au 21 août 2029, mais seulement si votre maison est unifamiliale isolée, située dans le périmètre d’urbanisation, hors zone de contrainte, et que le logement reste attenant ou aménagé à l’intérieur du bâtiment principal. Il faut aussi vérifier que votre municipalité ne s’est pas soustraite à cette mesure pour votre secteur.
Le logement accessoire de plein droit peut-il être complètement détaché de la maison, comme un garage transformé isolé sur le terrain?
Non. L’autorisation de plein droit de la Loi 31 vise uniquement les logements attenants ou aménagés à l’intérieur du bâtiment principal. Un logement complètement détaché reste soumis au règlement de zonage municipal général, qui peut ou non l’autoriser selon la ville.
Puis-je louer ce logement à n’importe qui, ou seulement à un membre de ma famille?
Un logement accessoire au sens de cet article peut être loué à n’importe quel locataire. C’est justement ce qui le distingue de la maison intergénérationnelle, où l’occupation doit être réservée à un proche ayant un lien de parenté ou d’alliance reconnu par le règlement municipal.
Le nouveau programme fédéral de refinancement pour logements accessoires permet-il la location de type Airbnb?
Non. Les règles d’assurance prêt hypothécaire assouplies depuis le 15 janvier 2025 excluent explicitement l’utilisation du logement accessoire pour de la location à court terme; le logement doit être loué de façon résidentielle continue.
L’ajout d’un logement accessoire augmente-t-il automatiquement mes taxes municipales?
Généralement oui, puisque la superficie habitable additionnelle et les nouvelles installations font augmenter la valeur portée au rôle d’évaluation municipale, ce qui se traduit par une hausse des taxes municipales et scolaires au prochain dépôt du rôle ou à sa modification en cours d’exercice.
Dois-je déclarer le revenu de location même si le logement accessoire ne rapporte que quelques centaines de dollars par mois?
Oui. Tout revenu de location doit être déclaré à Revenu Québec, peu importe le montant, à l’aide du formulaire TP-128 ou d’un état détaillé des revenus et dépenses de location joint à la déclaration.
Faut-il un permis municipal même pour transformer un garage déjà existant en logement accessoire?
Oui, dans tous les cas. Toute transformation d’un espace existant en logement habitable requiert un permis de construction ou de rénovation municipal, incluant la vérification de conformité au code du bâtiment avant que le logement puisse être occupé ou loué légalement.
Sources officielles
Gouvernement du Québec — Pouvoir des municipalités en matière d’habitation (Bulletin Muni-Express)
Éditeur officiel du Québec — Loi 31, chapitre 2 des lois de 2024
Ministère des Finances du Canada — Modifications aux règles d’assurance hypothécaire pour les logements accessoires
Régie du bâtiment du Québec — Exigences du chapitre Bâtiment applicables aux logements
Revenu Québec — Location de la totalité ou d’une partie de votre propriété
Cet article est fourni à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis juridique, fiscal ou professionnel personnalisé. La réglementation de zonage varie d’une municipalité à l’autre, les critères de la Loi 31 peuvent être exclus en tout ou en partie par votre municipalité, et les règles de financement, taux et programmes gouvernementaux peuvent être modifiés sans préavis; validez toujours les détails à jour auprès de votre municipalité, de la Régie du bâtiment du Québec, de Revenu Québec ou d’un professionnel qualifié (notaire, architecte, entrepreneur, fiscaliste) avant de vous engager dans un projet. Pour en savoir plus sur notre approche éditoriale, consultez notre méthodologie.

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